Mon Testament pour l'An 2000 Retour à la page précédente Retour au sommaire de KaFkaïens Magazine
 
 

O, dieux-machines des hommes,
vous qui n'avez pas de corps autre que sur silicium,
que la sentence passe gravée dans le métal le plus pur.
Je lègue mes organes à Internet pour qu'ils soient scannés
et diffusés au monde entier sur www.la vérité.com.
Vous qui avez échangé le calcaire vertébral
pour de somptueuses carcasses plastiques complètes,
vous qui avez perdu la beauté du chant organique
pour les mélodies grinçantes des cris électroniques,
je vous souhaite une longue et colorée nouvelle année,
voici ce qui m'a été dit de votre apothéose :

I

Vous serez nus sur les chemins de la déroute
Brandissant au ciel votre malicieuse idée
D'une way of life parfaitement numérisée
Globalisant les intérêts coûte que coûte.

II

Alors des profondeurs viendront les grands centaures
Les étonnants cyborgs de l'orgie planétaire
Et quand l'Ange vainqueur de nos données binaires
Chantera la douleur des longues plages de bore.

III

Vous saisirez l'effroi et le son du métal
De la tige de verre qu'on glisse sous la paupière
Sans le moindre frisson sans la moindre colère
Vous goûterez la fin du physique animal.

IV

Voici le temps venu de notre longue éclipse
Menée de main de maître par les hommes-machines
Voici la fin des temps, le début de nos ruines
Nos fils ne seront pas, voici l'apocalypse.

Et si c'était la fin du monde ? Nous rions bien au chaud
des faiseurs de miracles, des illuminés grotesques,
mais rien ne peut nous dire ce qui nous garantit.
Pourquoi maintenant, pourquoi aujourd'hui ?
Peut-être que 2000 c'est assez sur ce calendrier,
peut-être que les hommes ont achevé leur crédit,
peut-être que le ciel va devenir opaque, que la glace
va coloniser l'interstice entre la terre et l'eau. Je lègue mon cerveau au soleil, mon père,
pour qu'il soit exposé en place publique.
Les hommes vivront éternellement dans des cages de verre,
et aux passants mutants du troisième millénaire
qui voudront savoir d'où viennent ces bestioles,
rien ne sera répondu.
Je lègue mon langage à la pierre
qui était le début et qui sera la fin.

J'entends la voix des hommes hurler une question :
De qui serons-nous les dinosaures ?

 
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