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A travers le brouillard caoutchouteux des restes d'anesthésie, Malik percevait une vibration grave, un peu comme la corne de brume d'un bateau au ralenti.

" Aaaaaaaaaaaaaaallllllllllloooooooooooooooooooooooeeeeeuuuuurrrrrr......"

Ses souvenirs étaient troubles et flous, et il hésitait à ouvrir les yeux. Il se rappelait de la glissade en voiture, du car de flics ; il avait peur de se réveiller coincé sous la ferraille. Ses sensations revenant au grand galop, il reconnut tout de même les effluves chimiques de l'hôpital, ce qui le rassura, mais la corne de brume continuait à couiner. Il ouvrit les yeux.

Les têtes poétiques de Varland et Ronnaf se mirent à flotter dans un ciel immaculé, légèrement déformées par les restes de substances licites et néanmoins planantes qui embrumaient la vision de Malik. Lequel tenta de repiquer du nez pour feindre l'évanouissement, mais bon, rien à faire.

" Alors Malik, on fait surface ?" grogna de nouveau Varland, tandis que Ronnaf faisait craquer ses phalanges.

Ca oui ! Et à vitesse grand V encore. En voyant l'air pas commode des deux inspecteurs, Malik décida immédiatement, in petto, et avec toute sa probité brusquement revenue, de collaborer totalement avec l'enquête, fallait pas déconner, il était suffisamment amoché comme ça.

 
*

Jean-Michel attendait depuis deux heures dans une chambre d'hôtel sordide en compagnie de Pierrot les poucettes quand le gros homme arriva. Il était accompagné de Truong "Face de nem", ce qui était plutôt mauvais signe (pour Jean-Michel) étant donné que Truong était son porte-flingue attitré. Sans s'égarer dans d'inutiles salutations, le gros homme déposa sa masse sur une chaise, en face de Jean-Michel (avec la grâce d'un éléphant ricana intérieurement celui-ci, mais en réalité, il avait le trouillomètre à zéro) et lança un unique "Alors ?". Puis il écouta les explications de Jean-Michel, lui fit préciser un ou deux points et répéter le scénario exact de la course poursuite. Il s'abîma ensuite dans un silence interminable en regardant à travers le rideau de dentelle sale la masse sombre de la maison d'arrêt qui occultait en partie les lumières de la gare de Perrache. Puis il se leva et sortit sans un regard pour les trois hommes. Il y eût un léger flottement avant que Truong ne s'approche souplement de Jean-Michel qu'il étrangla avec une rapidité surnaturelle et une corde à piano munies de poignées.

Fallait pas rater avec le gros homme.

 
*

Malik avait pris quatre ans fermes, un pour la destruction aggravée et le délit de fuite et trois précédemment en sursis pour diverses affaires datant de sa jeunesse folle. Il avait intégré les confortables quartiers de la maison d'arrêt, et jouissait d'une notoriété plus ou moins justifiée. Et depuis quelque temps, il était amoureux comme une chèvre.

Faut dire que Melle Caruso, toute de cuir vêtue, était venue le voir au parloir pour tenter de lui soutirer des informations sur la perle. Malik l'avait émue en lui parlant à coeur ouvert de Youki ; entre le petit recéleur et la rousse incendiaire, une étrange attirance avait initié les ravages de l'amour passionnel et maintenant Melle Caruso n'arrêtait plus d'apporter des oranges au prisonnier qui ne savait plus quoi en foutre. Tous deux attendaient avec une impatience non dissimulée la libération pour bonne conduite qui ne tarderait pas à venir (le directeur de la maison d'arrêt adorait les oranges). De perle il n'était plus question, hormis peut-être celles que Malik promettait d'offrir à la rouquine de ses pensées, qui ne pensait plus de son coté qu'à améliorer le sort des pauvres prisonniers.

Bref, ça roulait pour ces deux-là.

 
*
Pour Varland et Ronnaf, ça avait été plus coton, et le peu de résultats de l'enquête avait semble-t-il amené leurs carrières respectives sur une de ce solides voies de garage semblable au triangle des Bermudes. Ils avaient peu de chance de se voir un jour confier une enquête plus intéressante que les habituels accélération de viagers ou assassinat de teckels. Ils se consolaient en jouant en Arkanoïd, mais les spectres de la perle et du gros homme continuaient parfois à hanter leurs nuits.
 
*
Et Larick ? Il avait enfin publié son grand article intitulé "Où est la perle ?", avec les tenants et les aboutissants de l'affaire. Ses preuves un peu minces ne lui avait pas permis de citer nommément les intervenants, et son papier en était du coup un peu embrouillé. Et puis il n'avait pu le publier qu'à sa sortie de l'hôpital, où un tétanos malin contracté dans le tas d'ordures l'avait cloué plus de quatre semaines, et franchement, son article sentait un peu le réchauffé.
 
*

Et la perle ?

Bien au chaud dans le ventre de Youki, elle ne profita à personne, sauf peut-être à quelques uns des amants de Lucienne devenue adolescente, qui se sentirent subitement incroyablement gaillards après avoir bousculé l'hippotamme d'un coup de fesse. Interprétant ce phénomène avec candeur, Lucienne prénomma son premier fils Pôtame, car tel était le nouveau nom de Youki. Et Pôtame fut un enfant du troisième millénaire.

 
 
FIN
 
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