Hérésie Retour à la page précédente Retour au sommaire de KaFkaïens Magazine
 

Toute superstition sur l'an 2000 est de l'hérésie.

Les gens qui s'embourbent dans le flou pour expliquer quoi que ce soit de ce qui pourrait se passer, sont des hérétiques.

Toute la foule incrédule des prédicateurs est hérétique et spécialement celle de la mode et des artistes.

Tout ceux qui ont choisi les constellations pour guide vers l'an 2000, je veux dire une certaine croyance dans l'avenir, toux ceux qui se sont laissés dévaster par la spirale des textes, tous ceux pour qui une mare de café a un sens, tous ceux pour qui il existe un au-delà par delà la lumière, et des détours par delà les réalités, ceux qui sont les hurluberlus de notre époque, et ceux incapables de reconnaître un réveillon d'un bug informatique,

--- sont des hérétiques.

Ceux pour qui l'horoscope provoque une émotion, et un certain mode de vie, ceux qui font le beau devant leur signe astrologique, et qui attendent les croisements planétaires, ceux qui souffrent de ne pas se savoir inférieur à toutes choses, ceux qui s'essoufflent à préserver l'impossible illumination, ceux qui remuent la théologie du passé pour le présent, ceux dont les ancêtres leur parlent si fort et ces ancêtres aussi qui parlent si fort et qui parlent du déluge de l'avenir, ceux qui croient au jugement dernier, ceux qui suivent l'agitation des acolytes, qui agitent eux-mêmes des talismans, qui agitent bien haut leur trèfle porte bonheur et leur patte de lapin à quatre feuilles,

--- ceux-là, sont les pires hérétiques.

Je ne vois en vous qu'un miroir de ceci !

Non, je ne peux croire sans démonstration.

Et je vous l'ai dit : pas de déluge, pas de paroles saintes d'église, ni même de prédiction outrancière pour l'an 2000, pas de chute du réseau informatique, pas de panne sexuelle des boursiers new-yorkais, rien.

Rien, sinon une belle prise de tête, un enjeu commercial à peine dissimulé.

Un passage obligé à la case départ, comme si il fallait réinitialiser le millénaire pour repartir du bon pied.

Et n'espérez pas que je m'arrête seulement à ce que je perçois, ce tout indescriptible qui aime à se torturer, que j'ignore les tentatives occultes de ces marabouts civilisés, que j'obéisse à la loi du tout cinglé imposé par l'an 2000, que je m'écarte du chemin matérialiste qui me compose, et que, tout en discutant, je me perde dans mon discours et que je me mette à trembler face au réveillon. --- et qu'il m'éclaire celui-ci de ces boules d'angoisses et ces guirlandes magiquement préparé au passage 2000, qu'il m'annonce la fin, qu'il se vante de maîtriser cette fin, toute préparée d'avance, toute empestée de dates impossibles, nuances du calendrier sensibles et pénétrantes.

Ah cette situation qu'on n'envisage même plus possible, ah ce lendemain de janvier usurpé par les occultes perturbations cosmiques et informatiques, ah ce minuscule fiasco de la pensée humaine rattrapée par la peur de l'an 1000, ah ces heures de folie préparant la fuite, ah cette impression insignifiante de vivre l'événement d'une vie, ah ce peuple fourmillant dans ces boites de nuit ou sur les plus grandes places du monde pour s'écouter entendre les douze coups de la tromperie de l'an 2000, ah ces soirées fortunées où les pauvres s'encroûtent, ou les riches s'abreuvent de leur nouveau rôle. --- ce seront toujours les mêmes qui mangeront la poire au dessert, ce qui seront toujours les mêmes qui se serviront du couteau et de la fourchette, qui garderont bien haut leur serviette, ignorant la liesse populaire galvanisée pour l'occasion. Scénariste de tous poils, écrivains amateurs sans courage, artistes désabusés, acteurs introvertis, tous n'auront plus qu'une seule langue, celle de l'an 2000, bouffonnerie hérétique, sans queue ni tête.

Je vous l'ai dit, que je n'ai plus de croyance ni de sens, ce n'est pas une raison pour que vous me laissiez seul dans mon errance.

Allons, je serai heureux au lendemain de ce jour pieu idolâtré par des milliards de fidèles baptisés pour l'occasion, qui feront de ce jour un jour saint qui feront de leur corps presque plus rien. Alors on reconnaîtra l'inexistence de cette peur, alors on aura compris qu'au delà de 2000, il n'y aura rien d'autre que nos vies simples de dépressifs impies. Alors on les verra pleurer ceux qui désirer le déluge, alors on les verra s'enfuir les prédicateurs de tout bord, alors on ne sentira plus cette odeur de liesse juvénile qui avait construit l'existence de l'an 2000. Alors on comprendra qu'il n'y a pas d'autre échappatoire que l'oubli, alors on oubliera nos erreurs événementiels, on rira de nos craintes et de nos haines. Alors, le bug ne sera plus qu'un simulacre de ver de terre s'infiltrant dans le sol de notre passé, alors on comprendra la supercherie du marché des services, alors les fantômes se dégonfleront comme aspirés par la réalité, comme effacés de nos vies, alors leurs peaux de caméléon n'auront plus qu'une forme grise et sombre, alors leurs discours seront vides et longs, mélancoliques, ils chercheront ailleurs un moyen de multiplier leurs dividendes, alors ils trouveront d'autres mythes, d'autres légendes pour que les gens puissent dire qu'ils craignent à nouveau l'avenir.

Alors, je me tairai et éteindrai mes paroles à jamais, fatigué par ce monde de frustrés.

 
OB
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