Les Casse-couilles de l'An 01 Retour à la page précédente Retour au sommaire de KaFkaïens Magazine
 
Vous les avez sans doute subis tout comme nous au hasard d'un repas en ville ou d'un vieux magazine scientifique feuilleté dans la salle d'attente du dentiste. Votre enthousiasme festif a sans nul doute été laminé par l'ire rigoriste d'un de ces rabat-joie forcenés de la précision, d'un de ces inquisiteurs de l'orthodoxie célébrative, d'un de ces scribes inquiets de la commémoration ajustée, bref d'un de ces casse-couilles particulièrement fréquents en ces périodes apocalyptiques. Alors pour parer au plus pressé - et dieu sait si ça urge - KaFkaïens vous livre quelques recettes pour répondre en toute mauvaise foi aux crétins qui prétendent que le troisième millénaire ne commencera qu'en janvier 2001.
 
 
Solution n°1 : l'argumentation imparable
Le sinistre personnage qui va tenter de vous ridiculiser devant l'auditoire (car c'est de ça dont il s'agit) en vous prouvant que le troisième millénaire commence en 2001 est très certainement sûr de lui. C'est probablement un militaire à la retraite, un astronome amateur ou un journaliste de Science & Vie égaré dans votre dîner littéraire. Il vous faut le déstabiliser : avancez vos arguments d'un ton péremptoire et ne laissez aucune place à la contestation. Inventez, inventez ! La plupart de vos affirmations seront invérifiables dans le cours de la soirée. Il sera temps de vous rétracter lorsqu'il portera l'affaire devant les tribunaux.
Oui, Jésus est bien né en l'An 0, qui a parfaitement existé comme l'attestent les écrits de Mycolodon de Sparte. Oui, le premier chiffre n'est pas 1, mais bien 0 comme l'affirme Evariste Galois dans son traité "Des chiffres et des lettres". Oui, l'alignement des planètes sera parfait le soir du réveillon de l'an 2000, comme cela arrive tous les 1000 ans ! Oui, ce sera ce soir-là !
Enfoncé, le matheux !
 
 
Solution n°2 : l'argutie exaspérante
Qu'il ait raison ou qu'il ait tort, votre adversaire (car c'est de ça dont il s'agit) aura recours à la logique pour exposer ses convictions. Foncez ! Mettez en doute tous ses arguments, lancez objections sur objections avec la plus parfaite mauvaise foi, broyez ses preuves avec des contre-assertions tirées du néant ou parfaitement véridiques. Sur l'argument de la non-existence de l'An 0, mettez par exemple en doute la validité de la définition de l'année, laissez votre adversaire s'enferrer sur les calendriers successifs puis attaquez le sur l'étymologie du mot An, avant de mettre en doute l'origine indienne du zéro. Argumentez, argumentez sans fin ! Votre interlocuteur va s'énerver et se perdre dans les tentatives de démonstration ; mettez en doute la validité de la logique qui mène ses démonstrations. Mettez en doute ses demonstrations. Mettez en doute la validité de son français, de sa grammaire. Poursuivez jusqu'à l'apoplexie.
Exaspéré, Albert-la-Science !
 
 
Solution n°3 : le coup de boule péremptoire
Ca y est, vous avez lancé le débat en gaffant sur ce sujet tabou du début du millénaire, et vous voyez déjà un des convives démarrer au quart de tour, et préparer une longue diatribe avec l'air content de lui de l'individu qui pense apporter la lumière de l'intelligence dans une conversation jusqu'alors passablement embrumée (respire, Marcel, respire !). Quand votre contradicteur commence à déballer ses arguments parfaitement rôdés, regardez le fixement sans dire un seul mot, tout en vous rapprochant insidieusement de lui. Quand son débit verbal ralentit, intrigué qu'il est par votre manège, flanquez-lui un magistral coup de boule dans le pif, puis reprenez le cours de la conversation en avançant d'une voix timide vos arguments. On verra bien s'il réussit à les contredire avec son tarin explosé et sa chemise pleine de sang !
Non mais !
 
 
Solution n°4 : la moquerie insidieuse
Evidemment, le fort-en-thème qui a commencé à faire son petit numéro et à ramener sa fraise à l'air très sûr de lui. Bien sûr, il aligne ses phrases comme les pièces d'un puzzle , et il semble bien qu'elles s'emboîtent parfaitement bien. Mais sachez que tout individu a des faiblesses. A vous de les découvrir et de réduire ainsi votre adversaire à néant. Commencez par ouvrir des yeux très étonnés aux points-clé de sa démonstration, l'air très incrédule. Puis soyez de plus en plus étonné, puis prenez l'air carrément gêné, comme s'il proférait d'énormes absurdités. Quand il ne vous regarde pas commencez à faire des signes aux gens qui l'entourent, à mi-chemin entre "il est rond comme une queue de pelle" et "il a un léger grain, non ?". Puis commencez à répandre des rumeurs sur son compte par-ci, par-là dans la salle. Parlez de sa dernière psychothérapie. De son analyse ratée. De sa vie inintéressante. L'air de rien, sous-entendez que sa mère a frayé avec un teckel.
Il ne s'en relèvera pas.
 
 
Solution n°5 : l'idée fixe du simple d'esprit
Vous venez d'asséner à un auditoire qui n'en avait par ailleurs pas grand chose à faire que le troisième millénaire commençait en l'An 2000. Et voilà l'Albert Einstein de service qui ramène sa fraise et commence à expliquer le pourquoi du comment que c'est pas vrai du tout. Alors, utilisez la technique du simple d'esprit. Laissez développer ses arguments et à chaque point clé de la démonstration, opinez vigoureusement en ajoutant "bien sûr, c'est vrai, et donc le troisième millénaire commence bien à l'An 2000". Votre contradicteur va s'énerver et surenchérir dans les preuves, jusqu'à vous regarder comme un parfait débile. Continuez à être parfaitement d'accord avec lui et à marteler votre propre conclusion. Quand il est au bord de l'apoplexie, donnez lui une grande tape amicale dans le dos et lancez à la cantonade "Et merci pour la demonstration, dushnock !". Laissez-le mourir de honte.
Vous êtes un monstre, mais c'est tellement agréable !
 
 
Solution n°6 : le millénaire astral
Bon, ca y est, l'ingénieur ou matheux de service tente d'étaler sa science en vous prouvant que vous avez tort. Vous allez lui démontrer qu'il n'est qu'un parfait crétin (car c'est de ça dont il s'agit). Pour cela, mettez en balance science et réalité, ridiculisez-le en expliquant patiemment (l'air de s'adresser à un ignorant) que vous parlez du VRAI millénaire, le millénaire astral. Ne le laissez émettre aucune objection. Illustrez la venue du millénaire occulte en expliquant l'alignement des planètes et en reprenant les bases de l'astrologie. Prenez l'auditoire à témoin, dans un dîner normal vous devriez avoir une nette majorité qui soutient vos fariboles, l'air convaincu. Ne le laissez pas en placer une, ou bien menacez-le de la foudre des planètes et de la grande malédiction celte. Il va tenter de reprendre le dessus, puis il montera sur ses grands chevaux et enfin prendra un air résigné. Terminez-le en l'invitant à la grande fête que vous organisez dans la forêt des Carnutes pour le nouvel an, où il pourra constater de visu les phénomènes que vous prédisez. Il ne manquera pas de crier haut et fort qu'il sera présent pour vous prouver qu'il a raison...
Un sceptique, c'est idéal comme victime sacrificielle
 
 
Solution n°7 : la franche dérouillée
Rien à faire... Il ne la ferme pas et continue imperturbable son explication comme un limonaire déréglé qui jouerait la marche turque en accéléré. Une seule solution, la franche dérouillée. Faites-le taire d'un bon coup de pied dans les parties ou dans ce qui lui en tient lieu. Mettez-le en condition avec une bonne série de crochets aux tempes, accompagnée de coups de genoux dans les cuisses. Travaillez-le au corps en martelant son foie et son plexus, puis jettez-le à terre en lui brisant les tibias. Bourrez-le de coups de pieds, en accordant un soin particulier à la tête. Marchez, puis sautez-lui dessus. Invitez le public à faire de même. N'oubliez pas les coups de talon sur les doigts, ni sur les chevilles et les genoux. Finissez-le en déglinguant sa colonne vertébrale. Alors, il fait moins le malin le pisse-copie ! T'as perdu tes lunettes, hein ? Regarde, elles sont dans tes yeux ! Alors ordure, tu vas le dire quand c'est qui commence ce millénaire ? Alors ? Répète, j'ai pas bien entendu ? En l'an 2000, c'est ça ! T'as tout bon, mon canard. C'est fini, maintenant. Tu peux rentrer chez toi...
Bon voyage !
 
 
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