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Hier, c'était
vent du sud.
Le matin, l'air
était sec et froid, pas une branche ne bougeait. Je me tenais debout
sur la terrasse. Les chiens trainaient devant la maison, ils paraissaient
tristes et affamés.
Vers midi, le
ciel s'est durci comme une immense opale. Les chiens se sont battus,
le puits est toujours à sec.
Quand le vent
s'est levé, les champs se sont mis à trembler, toutes les fenêtres
ont claquées ensemble. J'ai senti en moi comme une vigueur nouvelle
et assassine. J'ai voulu allumer un feu avec de l'herbe sèche mais
il n'a pas pris. Les chiens se sont réfugiés dans l'abri, vide,
des chevaux. Pas de bruit autre que ceux du vent sur la terre raclée
et de mes pas sur cette terre, mais il s'agit sans doute de la même
chose : un long crépitement si peu rythmé.
Les chiens
ont aboyé toute la nuit, malgré la violence de l'air qui s'étire.
Au matin, deux étaient morts, comme étranglés. Ils étaient blottis
l'un contre l'autre et paraissait surpris. Déjà, la poussière et
le sable, qui ici se confondent si bien, formaient de petites dunes
entre leurs pattes croisées. Le vent semblait faiblir, je sais bien
qu'il gagne au contraire en force à chaque heure qui passe.
C'est mon père
qui est venu ici, quand le gouvernement offrait cent hectares à
chaque volontaire. Il a travaillé dur et maman et morte. L'indien
venu tenter de la sauver est le dernier étranger que j'ai vu. C'était
il y a trente ans. Peut-être un peu plus. Puis papa est mort et
je n'ai plus vu personne.
Lorsque le vent
se lève, il n'y a rien sur cette terre plate qui lui résiste. Sauf
la maison, et moi, mais c'était il y a déjà longtemps, je ne sais
plus exactement. Je suis comme le vent, je ne suis pas là tout le
temps. En fait, je ne viens que quand le vent se lève. C'est ça
qui terrifie les chiens.
Cela fait du
temps que les champs ne sont plus cultivés, papa déjà ne savait
plus quoi faire et je ne m'y suis jamais vraiment intéressé, trop
de travail, trop d'ennui. La ferme s'appelle "try", mon père ne
m'a jamais dit pourquoi, mais je pense que c'est ce qui l'a amené
ici.
Qu'est-ce que
nous sommes venus faire là ? Seul mon père le savait, mais moi je
suis resté et pour l'éternité. Cela fait déjà du temps que je suis
mort au sud.
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