Vent du Sud Retour à la page précédente Retour au sommaire de KaFkaïens Magazine
 

Hier, c'était vent du sud.

Le matin, l'air était sec et froid, pas une branche ne bougeait. Je me tenais debout sur la terrasse. Les chiens trainaient devant la maison, ils paraissaient tristes et affamés.

Vers midi, le ciel s'est durci comme une immense opale. Les chiens se sont battus, le puits est toujours à sec.

Quand le vent s'est levé, les champs se sont mis à trembler, toutes les fenêtres ont claquées ensemble. J'ai senti en moi comme une vigueur nouvelle et assassine. J'ai voulu allumer un feu avec de l'herbe sèche mais il n'a pas pris. Les chiens se sont réfugiés dans l'abri, vide, des chevaux. Pas de bruit autre que ceux du vent sur la terre raclée et de mes pas sur cette terre, mais il s'agit sans doute de la même chose : un long crépitement si peu rythmé.

Les chiens ont aboyé toute la nuit, malgré la violence de l'air qui s'étire. Au matin, deux étaient morts, comme étranglés. Ils étaient blottis l'un contre l'autre et paraissait surpris. Déjà, la poussière et le sable, qui ici se confondent si bien, formaient de petites dunes entre leurs pattes croisées. Le vent semblait faiblir, je sais bien qu'il gagne au contraire en force à chaque heure qui passe.

C'est mon père qui est venu ici, quand le gouvernement offrait cent hectares à chaque volontaire. Il a travaillé dur et maman et morte. L'indien venu tenter de la sauver est le dernier étranger que j'ai vu. C'était il y a trente ans. Peut-être un peu plus. Puis papa est mort et je n'ai plus vu personne.

Lorsque le vent se lève, il n'y a rien sur cette terre plate qui lui résiste. Sauf la maison, et moi, mais c'était il y a déjà longtemps, je ne sais plus exactement. Je suis comme le vent, je ne suis pas là tout le temps. En fait, je ne viens que quand le vent se lève. C'est ça qui terrifie les chiens.

Cela fait du temps que les champs ne sont plus cultivés, papa déjà ne savait plus quoi faire et je ne m'y suis jamais vraiment intéressé, trop de travail, trop d'ennui. La ferme s'appelle "try", mon père ne m'a jamais dit pourquoi, mais je pense que c'est ce qui l'a amené ici.

Qu'est-ce que nous sommes venus faire là ? Seul mon père le savait, mais moi je suis resté et pour l'éternité. Cela fait déjà du temps que je suis mort au sud.

 
EM
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