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Au coeur de
l'été, j'ai délaissé mon fauteuil chéri
pour une chaise d'osier dur, j'ai laissé la chaleur du feu
pour l'ombre fraîche d'une terrasse cernée de lumière
et de cigales désespérées, j'ai troqué
le chat pour un lézard vert immobile sur le mur de pierres,
j'ai gardé près de moi un cocktail rafraîchissant
( Transat : 2 parts de Marie Brizard pour une de peppermint et
une de jus de citron. Complétez avec de la glace et de l'eau
très fraîche) et quelques livres empilés
sur les tomettes ... Ah les vacances...
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| Les lettres
de Capri
de Mario Soldati - Editions Autrement, Littératures |
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L'étude
précise des tourments de l'âme amoureuse atteint un
sommet avec Mario Soldati, topographe du désir et de l'amour.
Comment, à la lecture première de ce roman, ne pas
se sentir solidaire de la déchéance de Harry, de cette
déchéance de l'amour que représente l'hésitation,
le compromis, la lâcheté des sentiments ? Le dépit,
la jalousie, les mouvements désordonnés d'un coeur
que l'on croit soumettre à l'objectivité de la raison
dès que l'on se trouve seul et qui obéit pourtant
à des lois étranges, étrangères, presque
barbares en présence de l'être aimé. Comment
ne pas être sensible, à la deuxième lecture
(celle de la raison ? Ou de l'analyse ?) à la déchéance
de Jane, à la symétrie de la construction qui témoigne
de l'universalité des désordres amoureux, de l'identique
soumission des sexes aux errements d'un esprit déréglé
par le désir d'amour (et non pas par le désir tout
court) ? Comment ne pas souffrir de ces lettres de Capri que nous
avons nous aussi parfois écrites, ou parfois lues ? Peut-être
en laissant Mario Soldati placer le garde-fou de son écriture
serré et nerveuse, excluant l'aspect tragique, entre ses
personnages si proches de nous et nos pauvres coeurs parfois durement
éprouvés (un peu d'auto-apitoiement, comme Harry),
et surtout nos consciences, dont la morale élastique nous
permet de trouver au bout du compte un grand plaisir à lire
ce roman.
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| PmM |
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| La
Tunique d'infamie
de Michel del Castillo - Gallimard |
Tout commence
à Bruges. Peu banal, pour un roman se donnant l'Espagne pour cadre.
Mais à l'époque de l'Inquisiteur Manrique, le Saint-Empire s'étend
jusqu'en Belgique. C'est donc là que l'écrivain retrouve une silhouette
qui le hante depuis des années.
Depuis Soria jusqu'à Grenade, l'auteur marche sur les traces de don
Manrique. A quatre cents ans de distance, il s'efforce de découvrir
les ressorts cachés de cet homme austère et inflexible en apparence,
un homme qu'il situe à l'origine même de sa vocation d'écrivain.
Derrière le travail du biographe, la minutie des recherches et les
interrogations, voici que son héros lui parle. Ce sont des lettres
brèves concluant chaque chapitre, dans lesquelles l'Inquisiteur critique
le travail du "Poète ", par delà les siècles, souvent désabusé, parfois
acerbe mais néanmoins satisfait de son choix. Car, ne nous y trompons
pas, ce sont les personnages qui choisissent leur auteur, et non l'inverse.
Une double quête d'identité s'engage. Quelle honte, quelle gêne embarrasse
ainsi don Manrique, l'empêchant, enfant, de se mêler aux autres enfants
puis, une fois adulte, de profiter des largesses de la Fortune ? Serait-ce
que l'Inquisiteur, au fond de lui, se méprise d'infliger à ses contemporains
les pires tortures, les supplices les plus atroces ? Erreur de perspective,
nous répond-il. Poète, tu juges mon époque depuis ton siècle qui n'a
plus d'âme. Serait-ce alors cet amour violent, maladroit, interdit
? Peut-être. Mais là encore, l'hypothèse est incomplète.
La tunique d'infamie, c'est cette robe dont on revêtait l'hérétique
le jour de son supplice, sur laquelle on inscrivait son nom et que
l'on suspendait dans la cathédrale de la ville, de telle sorte qu'une
famille, une fois souillée, le demeure jusqu'à la fin des temps. C'est
cette tache qui nous plombe l'âme, du fond de notre inconscient, nous
empêche d'avancer, nous condamne toute notre vie à tourner en rond
autour d'une unique et secrète douleur. Dans ce roman à deux voix,
qui semble l'oeuvre d'un schizophrène, Michel del Castillo cherche
aussi le mystère de son écriture. Il nous offre la compassion, la
compréhension de l'autre, aussi abominable, aussi inhumain qu'il puisse
nous paraître. Au fil des pages, on perd l'envie de juger l'Inquisiteur
; sans aller jusqu'à l'aimer, on finit par souffrir avec lui, et l'on
découvre que seul est inhumain ce qui nous sépare de ce partage. |
| FXS |
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| Armadillo
de
William Boyd - Points |
| Les livres de
William Boyd ont un je ne sais quoi de particulier qui les rend particulièrement
agréables à lire, alors que bien souvent le premier
aperçu de leur intrigue ne paraît pas forcément
passionnant. C'est sans doute la force du style, qui ne parait pourtant
pas si probante au premier abord, mais qui rend les histoires de Boyd
si attachantes. Faut-il voir en conséquence un auteur majeur
en William Boyd ? Je serais bien en peine de le dire. Ce qui est certain,
c'est qu'il est parfois inégal (Le destin de Nathalie X)
depuis son premier grand roman Un anglais sous les tropiques.
Son roman le plus réussi est sans aucun doute Les nouvelles
confessions, qui raconte l'histoire d'un réalisateur fasciné
par Les Confessions de Jean-Jacques Rousseau. Sans être
à la hauteur de celui-ci, Armadillo conte l'histoire
d'un expert en sinistre, spécialiste de la détection
de la fraude aux assurances (quel sujet !). Un des caractéristiques
du style de Boyd, c'est la précision des petits détails
qui campent le caractère psychologique de ses personnages,
et en contrepoint, les notes humoristiques légèrement
outrancières (à la Monty Python, sans aller jusqu'à
Tom Sharpe) qui sont mises en valeur par le contraste. Les habitudes,
les tics, les connaissances, les réflexions des personnages
sont d'autant plus réels qu'ils sont opposés à
une légère irréalité des actions subies.
A l'analyser ainsi, on perd toutefois un peu du plaisir de la lecture...
Ne vous laissez pas impressionner et lisez Boyd. |
| A lire : Un
Anglais sous les tropiques, Les nouvelles Confessions, La Chasse au
lézard, Brazzaville Plage, Comme Neige au soleil. |
| PmM |
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| Cyberpunk |
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Pour ceux qui
ont vu Matrix, qui, comme moi, l'ont élu meilleur film de science-fiction
depuis Blade Runner ou qui, toujours comme moi, ont été déçus et
agacés par ce foutu scénario à l'américaine qui nous colle des messies
et des Belles Au Bois Dormant à tous les coins de rue, voici deux
romans qui démontrent que, lorsqu'elle n'est pas limitée par de
sordides histoires de gros sous, la SF peut produire des oeuvres
fortes.
Neuromancien
de Willian Gibson (ed J'ai Lu SF) est , de l'avis de tous, la source
directe d'inspiration de Matrix. On y retrouve en effet, plusieurs
motifs du film. Le hacker paumé, embarqué par la nécessité dans
une histoire qui le dépasse, la guerrière chargée de veiller sur
lui, l'omniprésence de la machine, l'univers virtuel, le combat
contre les intelligences artificielles. Toutefois, les similitudes
s'arrêtent là. Car, dans le roman, les personnages restent ce qu'ils
sont, des humains perdus dans un monde qui ne l'est plus tout à
fait, des pions dont la seule victoire est la survie, prêts à tout
pour l'emporter, y compris à l'alliance avec une IA. Roman exigeant,
Neuromancien demande une concentration de tous les instants
et un moral solide, mais offre aux courageux une nouvelle SF, plus
proche de nous, dont l'aspect noir ne se réduit pas à un simple
gadget de mode.
Plus touffu
que le précédent, La Schismatrice de Bruce Sterling (ed Denoël,
Présence du futur) partage avec lui le titre de roman fondateur
du Cyberpunk. Saga, space opera, roman politique et picaresque,
il n'appartient pas, lui non plus, à cette science-fiction qu'on
lisait presque sans y penser, pour le simple plaisir des décors,
des voyages et des inventions. Dans une humanité déracinée, peuplant
le système solaire sur de gigantesques stations orbitales, déchirée
entre les tenants de la mécanique et ceux de la manipulation génétique,
Lindsay tente de trouver son chemin. Fils d'aristocrates, il doit
apprendre à survivre, et à choisir son camp. Au fil des décennies,
il connaîtra tout ce que la nature humaine peut offrir : le plaisir,
l'amour, la trahison, la violence. Mais au moment où l'homme évolue,
cesse d'exister en tant que tel pour se scinder en espèces nouvelles,
en " clades ", il croit enfin comprendre son destin. Il croit enfin
saisir ce que signifie le combat pour la vie. Il ose alors se lancer
dans ce projet dont tout le monde rêve : la terraformation.
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| FXS |
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| La
Vie des insectes de
Viktor Pelevine - Points |
| Quel livre étrange
que cette Vie des insectes ! La collection de personnages qui
composent les fragments d'histoires de ce roman sont autant d'insectes
virevoltant autour d'une lumière hypnotique, dans une station
balnéaire que l'on devine aussi décrépie qu'une
station de sous-marins nucléaires dans la mer de Barents. Et
tous ces hommes / insectes en proie aux vertiges d'une humanité
à la dérive, sans but, sans d'autre horizon que le lendemain
! Comme des insectes éphémères. Et Viktor Pelevine
exploite cette métaphore jusqu'au bout de la carapace. Ses
personnages sont véritablement des mélanges d'hommes
et d'insectes, dans un kaléidoscope surnaturel de sensations
et d'actions successivement propres au monde des hommes et à
celui des petites bêtes toujours un peu répugnantes.
Deux russes et un américain se transforment en moustiques,
puis apparaissent tout au long du roman mi-homme, mi-insectes, sans
que l'on puisse savoir ce qu'ils sont. Ce qui est troublant, c'est
qu'ils ne sont franchement ni l'un, ni l'autre. Avec cette technique,
Pelevine parvient à trouver un ton particulièrement
percutant pour décrire la dérive de la Russie moderne,
le sauve-qui-peut général des russes acculés
à la pauvreté, l'effondrement complet des structures
de l'Etat, l'individualisme de survie qui achève de détruire
les liens de solidarité. Et le résultat est assez déprimant.
Donc assez réussi, s'il s'agit de nous faire ressentir ce que
peuvent ressentir les russes. |
| PmM |
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| Le
Mariage de Rahan de
Lécureux et Chéret - Lécureux / CentLys |
| Rahan. Quelques
noms comme celui-ci peuvent vous plonger soudainement dans les souvenirs
forcément nostagiques de l'époque où vous achetiez
Pif-Gadget, où Docteur Justice, Okada, Hercule, Supermatou,
Horace ou bien Totoche accompagnaient chaque semaine un gadget en
plastique souvent fascinant à monter. Rahan a du en déclencher
des vocations positivistes ! Fils des âges farouches et plus
grand inventeur de l'humanité, anti-curé de choc et
humaniste altruiste, l'imberbe préhistorique a meublé
notre enfance de rêveries : ah, s'échouer sur une plage
vierge et construire un abri, et cuire des poissons sur un feu de
palmes, et les déguster avec le pain que l'on a soi-même
fabriqué et le sel que l'on a patiemment extrait de la mer
! Au milieu de ces bons sauvages, Rahan le justicier élimine
d'autorité les méchants toujours semblables, dans la
danse toujours recommencée d'un scénario quasiment immuable
d'une aventure à l'autre. Mais bon sang, pourquoi s'en va-t-il
toujours, pourquoi ne fonde-t-il pas cette humanité parfaite,
où tout le monde posséderait les cinq vertus représentées
par les griffes du célèbre collier (que j'ai longtemps
porté), où tout le monde aurait droit de porter le célèbre
slip en cuir et l'étui à couteau en queue de castor
(de lézard ?). Ah Rahan ! Pourquoi faut-il que tu voyages toujours
? En tout cas, malgré ta blondeur aryenne et ton monde manichéen,
malgré les invraisemblances et les approximations, tu t'es
arrêté une bonne fois pour toutes dans nos petits coeurs
d'enfant. Et même maintenant, il te reste sous la trame grossière
du dessin et les effets un peu creux du scénario un charme
qui ne se dément pas. |
| PmM |
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