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Certains embarquent
pour le désert avec Rimbaud et l'inconnu. Celui dont personne jamais
ne parle. L'oublié tient une valise et marche seul, enfant intouché,
sauf du vent, qui lui donne la caresse des jours et ignore les mots.
Il en arrache le voile. Se sait nu.
Quelques pas
dans les ruelles déplissées d'un ksar où il apprend à se taire,
courbé sur la flamme de son corps. Moite. Ardent. Il emporte l'atmosphère,
retourne au ventre de la mer de sable pour y boire d'anciennes formules.
Il les déchiffre à force de soleil.
Le vaisseau
invisible de cet homme qui part s'inscrit dans un mirage, au milieu
de vous. On ne le distingue pas et pourtant il existe, embrase l'horizon
de vos gestes lents. Incandescent, il porte votre mémoire et chasse
en lui la banalité qui hante les miroirs. Il retrouve l'eau profonde,
la sève de l'acacia des mots. Il incendie le verbe, met à nu la
beauté, lui fait un enfant en lui.
Lorsque vous
vous retournez parfois, dans une rue au parfum de Sahara, son mouvement
imperceptible laisse sur votre peau un signe infiniment léger. Un
instant vous désirez le toucher, matérialiser sa vie car vous souffrez
du manque, cherchez en vous le sens de vos pas, la raison de votre
choix et ce que vous devenez dans l'instant qui vous survivra. Vous
le désirez...
Un instant vous
emplissez vos poumons de l'eau d'avant votre naissance, au début
de vous, et les images s'éveillent, montent à la surface. Un instant
vous découvrez cet homme qui vous contient tous et tend son corps
vers le soleil. Il claque au vent comme une flamme puis s'envole
et mêle sa couleur aux dunes des murs de la cité. Le temps vous
regarde l'aimer. Même disparu, il est en vous, le parchemin du monde.
Sur sa peau, les crayons du soleil tracent la marque de ce que vous
aimez vraiment.
De vos vaisseaux
de pas, vous commencez à construire un pont. Les graines de vos
âmes au delà, sur le cercle blanc de l'horizon découvrent l'eau
de la mémoire.
Vous avez tout
le temps. Votre vie déroule un tapis volant et danse.
Le désir
ouvre vos mains, vos yeux, votre voix, quand s'écrit au monde, le
livre du soleil.
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