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| Toute ma vie,
j'ai couru après quelque chose qui n'existait pas. Pas plus ici qu'ailleurs.
Une certaine idée du bonheur. "Que toute la vie ressemble à ce jour
près de toi, mon amour". "Ils vécurent heureux et eurent beaucoup
d'enfants", vous connaissez la formule. Ce genre de conneries. J'ai
couru après l'oubli, le recommencement. Après l'espoir de Catherine,
l'idée que je m'en faisais, derrière ma nostalgie. En Afrique, j'ai
trouvé le soleil éternel, le ravage des eaux, l'enfer de la sécheresse,
le rire, la fête, l'argent, les femmes. Les jours qui filent. La vie
qui explose pendant deux mois et brûle pendant dix. Les odeurs de
pourriture, d'épices, de sueur, de poussière. Au début, j'ai lutté
pour me souvenir de tout. Mais rien ne laisse de trace, ni le passage
des saisons, ni les promesses, ni la fortune ni la gloire. Le bon
veux temps ne veut rien dire. Le partage est un acte réflexe, intéressé
et pur. Oublié le lendemain. Les haines sont immobiles, meurtrières,
ancestrales et cycliques. Un jour au sommet, le lendemain sur le trottoir,
sans désespoir. On attend simplement le retour de la bonne saison.
Ca fait quarante ans, je crois, que ça dure. J'écris, j'envoie des
lettres à deux ou trois personnes restées
en France. Ils tiennent pour moi le compte des jours. D'ici peu, ils
recevront mon cadavre par colis postal.
Ils m'enterreront. Ils feront mon panégyrique. Ils parleront de moi
comme je n'ai jamais su en parler, du dedans de ma cervelle. Ils graveront
mon nom sur une plaque de marbre, avec une date de péremption. Valable
99 ans. J'aimerais autant laisser mes os à ceux qui en ont besoin,
les fauves, les charognards. Me faire conchier par un cul de hyène
et revenir dans un bout de baobab, un grain de mil, dans le sang d'un
gosse, connaître enfin la vraie dispersion, me remettre dans la caisse
commune, mais je n'en ai pas le courage. Je veux des fleurs et des
larmes, m'offrir des liftings dans le regard nostalgique de mes amis.
Tout ce qu'ici, on ne donne pas aux morts. On n'apprend rien, pas
vrai? On n'apprend pas le bonheur, on n'apprend pas les sentiments.
On se les découvre à la petite semaine, à grandes claques dans la
gueule. Ah, Catherine, si tu avais voulu, pourtant, ... Ah, Catherine,
si tu voulais ... |
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