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Dans le splendide F2 décrépit qui lui servait de base, Malik vivotait de multiples trafics. De constitution frêle, il préférait éviter de multiples fractures et de multiples embrouilles en restant chez lui, où quatorze coffres-forts blindés lui assuraient revenu et sécurité en hébergeant pour des durées indéterminées les butins sordides du tout-venant délinquant de la banlieue lyonnaise. Bien que peu avenant, il était parvenu à ramener chez lui, outre trois chevalières en or avec des marques de dents fourguées par Maurice le fourbe, une jeune voisine assez délurée en lui promettant de lui montrer sa collection privée de vidéos pirates de concerts des plus grands boys bands (Malik, sincérement, était fan de G squad et des 2be3). La jeune fille émoustillée par les mâles luisants en chemisette à l'écran et par le cocktail sournois de son hôte s'abandonnait aux caresses du même quand la porte vola en éclats.

Larick, installé comme à son habitude dans le local des poubelles, avait vu avec surprise s'installer mademoiselle Caruso à côté des boîtes aux lettres. Ils attendaient tous les deux que la situation évolue quand ils entendirent la formidable explosion au second étage.

Nos inspecteurs favoris, en planque dans une camionnette banalisée (en fait, grillée depuis des mois dans le quartier : la mention "police" en lettres de cinquante centimètres n'aurait pas été plus explicite) surveillaient le périmètre quand les lueurs de l'explosion vinrent illuminer la plastique bleu de l'habitacle.

Jean-Michel avait repéré les deux keufs et se promettait en silence de se les faire avant la fin de la soirée par pure haine policière. Quand la déflagration souffla les vitres de la barre de HLM, il porta instinctivement la main à sa poche revolver.

Rien ne bougea pendant les quelques secondes qui suivirent, mais tous virent distinctement le fourgueur sauter par la fenêtre, emportant avec lui Youki, son hippopotame en peluche fétiche. Se rattrapant à une gouttière, il se réceptionna lestement avant de détaler.

La poursuite s'annonçait rigolote.

Sauf pour les deux caves dépêchés par le caïd de Vaulx qui venaient récupérer la perle et qui n'ayant pas vu le fourgueur s'enfuir, passèrent la totalité de leur nuit à fouiller l'appart (après avoir foutu la demoiselle à la porte) (demoiselle qui cessa dès lors de s'intéresser aux boys bands et commença une carrière de musicologue avertie) et à percer les coffres. Ces deux sympathiques abrutis, un peu trop portés sur le plastic, conclurent ainsi leur carrière de truands : ils firent rapidement connaissance avec les plus élémentaires processus de la balistique. Fallait pas rater avec le caïd.

Cependant, ça s'agitait ferme dans la banlieue lyonnaise.

 
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