Les aventures de l'Exhibitionniste Virtuel
 
S'il est un art demandant des qualités techniques, du brio, de l'à-propos et de la fermeté, c'est bien l'art de l'exhibitionnisme. Et pourtant c'est un art méconnu. Toujours férus de recherches permettant de faire progresser la sociologie et d'atteindre ainsi le nirvana délicieux de la compréhension totale de l'homme, les membres du bureau de KaFkaïens, fervents pratiquants en leur jeune temps de l'exhibitionnisme privé et public, ont étudié pour vous les moeurs spectaculaires de l'homo exhibitus, et cherché à connaître les dessous - si tant est qu'ils existent - de cette pratique de plus en plus difficile. Voici donc notre galerie d'exhibitionnistes :
 
Le Classique
Sa cible préférée reste l'école de très jeunes filles. Il sait qu'il provoquera beaucoup d'émoi sans risque de prendre des coups, il peut même arriver que la curiosité l'emporte sur la peur et qu'il puisse être le bénéficiaire de quelques attouchements exploratoires. Hélas, c'est sans compter sur la précocité terrifiante des jeunes filles modernes. Au moment où le manteau dévoile son anatomie, le classique devient la cible des quolibets les plus dévastateurs (quelques appréciations peu flatteuses sur les dimensions et les défauts de son intimité), immédiatement suivi d'un cours en bonne et due forme de boxe française (variante " coup direct dans les testicules ").
 
Le Malchanceux
Amoureux de Rosie, la femme de ménage de l'Olympic Boxe Stadium, il décide de la surprendre au sortir des vestiaires et de la séduire par l'exhibition de ses sentiments turgescents. Il se prépare donc dans un placard à balais, et s'apprête à surgir au moment propice. Hélas, le Malchanceux a mal choisi son moment. Il bondit hors de sa cachette au moment précis où Mike Tyson sort des vestiaires pour aller s'échauffer sur le ring où doit se dérouler la revanche Tyson-Hollyfield. Mike Tyson est en pétard, faut pas le chercher longtemps. Lorsqu'il voit surgir notre homme, il croit à un coup monté par Hollyfield pour le compromettre et s'énerve un peu. Notre exhibitionniste perd beaucoup de son aplomb quand sa mâchoire inférieure remonte jusqu'à ses poumons en forçant son larynx et sa trachée. L'arbitre arrête le combat au bout de 5 dixièmes de seconde, mais Tyson place quand même un dernier crochet qui catapulte notre ami jusqu'aux pieds de Rosie qui s'écrie " Oooooh, Mike... ".
 
Le Brouillon
La vie exhibitionniste du Brouillon n'est qu'une longue litanie d'échecs sans cesse répétés. Qu'il s'agisse des boutons de son pardessus qui volent quand il en écarte trop violemment les pans, ou de ses fausses jambes de pantalon qui se décrochent dans le métro, ou bien encore du groupe de frêles jeunes filles qui se révèle être l'équipe de France de karaté, il court de catastrophe en catastrophe. Myope de surcroît, il a récemment cru reconnaître les pèlerines bleues d'un groupe d'orphelines dans les survêtements d'un groupe de militaires du Bataillon de Joinville en train de faire un footing, ce qui lui a valu quelques déconvenues physiques. Il est actuellement à l'hôpital, où il s'efforce tant bien que mal de poursuivre son sacerdoce. Mais allez écarter une veste de pyjama avec les deux bras dans le plâtre ! Résultat, il a aussi une fracture du coccyx à présent.
 
Le Snob
Pour lui l'exhibitionnisme est une forme de distinction. Il ne peut y avoir d'exhibitionnisme sans un minimum de règles, de préférence propres à générer un certain élitisme de bon aloi. Les cibles potentielles se doivent d'être choisies avec circonspection, pour assurer de part et d'autre des réactions stimulantes pour les parties en présence. Par exemple, il ne sert à rien de pratiquer l'exhibitionnisme dans les banlieues ouvrières, où l'émoi provoqué n'est pas à la hauteur des espérances (notamment à cause des coups de pieds dans les couilles). De même, la tenue doit être parfaitement adéquate. Pas de fantaisies zazous. Du solide, du simple et de bon goût, par exemple un faux bas de pantalon en flanelle sombre sur des chaussures anglaises, un faux haut de pull en cachemire et l'indispensable pardessus Burberrys.
 
Le Pervers
Non content de s'exhiber, il lui faut le faire devant des spectateurs bien particuliers. Il aime moins outrager l'innocence ou mettre à mal la dignité que se retrouver en compagnie des pervers de son espèce. Il aime par dessus tout les endroits bizarres, comme les arrière-salles des instituts de massage ou les boites à partouzes. Il fréquente aussi les sorties d'instituts pour aveugles. Généralement, il s'emmerde un peu.
 
Le Psychopathe
Comme les autres, il aime le sentiment de puissance que lui donne la sensation de surprendre les personnes à qui il dévoile son anatomie. Plus leur réaction est grande, plus son plaisir augmente. Il a bien essayé de décupler cette réaction en utilisant divers subterfuges, mais les gens sont si blasés de nos jours ! Par exemple, il s'est fabriqué un postiche très réaliste représentant un sexe de un mètre de long, mais finalement ce n'était pas très crédible, sans compter les innombrables chutes dans le métro. Alors finalement, il s'est rabattu sur les bons vieux classiques : quand il ouvre son manteau, il a caché une hache de bûcheron dessous. Effet garanti ! La réaction des gens est tellement forte, cela l'excite tellement qu'il a parfois un peu tendance à se servir de la hache. Nul n'est parfait !
 
Le Conceptuel
Pour lui, l'exhibitionnisme est une forme d'art à part entière. Il expérimente, crée de nouveaux concepts plus ou moins expérimentaux, se considère comme un plasticien de l'exhibitionnisme. Par exemple, dans une tentative de négation du sens de l'acte associé à une affirmation de l'acte lui-même, il a tenté de rester habillé sous son pardessus et de s'exhiber dans un grand mouvement théâtral. De l'avis unanime des critiques, l'ensemble est resté peu convaincant. Poursuivant son étude, il a tenté de se promener nu sous le pardessus, mais en simulant l'ouverture. Le seul résultat a été un tabassage en règle d'un groupe de vigiles du métro excédés par les gesticulations du bonhomme. Il persévère néanmoins avec des concepts aussi originaux que l'exhibitionnisme furtif ou l'exhibitionnisme de l'extrême (relisez son fameux ouvrage " Ma rencontre avec le Yéti ", chef d'œuvre d'intelligence et d'humour) et entrera sans doute un jour au Metropolitan Museum de New-York.
 
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