Nouvelle à suivre
 
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Depuis quelques semaines, le Lyon des bas-fonds était en effervescence. La disparition de Riton, le meurtre des trois prostituées appréciées de leurs collègues (et de leurs clients), les soubresauts inhabituels dans la maison poulaga et l'agitation des réseaux du gros homme engendraient une certaine tension perceptible par une propension plus élevée que d'habitude des macs à mettre des beignes à leurs protégées ou des demi-sels à rentrer sagement se coucher le soir au lieu de traîner vers la salle de billard de la croix-rousse.

Les rumeurs allaient bon train. L'histoire de la perle flottait dans l'air, complètement déformée, pour certains il s'agissait d'un joyau inestimable volé en Angleterre, pour d'autres d'une perle factice contenant un microfilm jamesbondesque. Personne ou presque ne croyait aux vertus miraculeusement aphrodisiaques de la sphère de nacre chiée par l'éléphant, mais tout le monde connaissait son existence grâce à l'article de Larick. En plus, il faut dire que plusieurs personnes menaient leur petite enquête de manière plus ou moins discrète.

 
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" Qui a la perle ? " répéta Varland en brandissant sa main ouverte. " Je vais te faire la tronche comme une couscoussière, si tu ne me dis rien.. ".

" Ma parole, commissaire, tout ce je sais je vous l'ai dit, c'est la pute qui l'avait et elle se l'ait fait faucher et plus personne l'a vue... "

" Tatata, je vais me fâcher. C'est pas un sale petit indic comme toi qui va me faire croire que le client on sait pas qui c'était et qu'il est pas réapparu ailleurs tout fier de sa toute nouvelle bite en bronze... " persifla Varland en accentuant les moulinets de ses avant-bras.

" La vie de ma mère que... ". Pan, une grosse baffe.

" Faute... " cria Ronnaf en ramassant la dent de l'indic sanguinolent, " Second service ! ". Et Varland de rebaffer avec enthousiasme...

" Aïeuu ! Tout ce que je peux vous dire, c'est que le gros homme a mobilisé les troupes, je me suis fait tabasser hier, vous avez du retard... "

" Ta gueule " asséna Varland avec un bon gros marron, puis il se tourna vers Ronnaf. " Le gros homme ? Ca se complique, non ? "

" Sûr " acquiesça Ronnaf en décochant un bon coup de pied dans les cotes de l'indic.

 
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" Mais où est la perle ? " susurra Mademoiselle Caruso en continuant son délicat mouvement sur le braquemard en fusion de Dédé-l'emballeur.

Dédé-l'emballeur, grand proxénète devant l'éternel, spécialiste du racolage de mineures en fuite, maestro de la mise sous dépendance à la cocaïne, fournisseur officiel des orgies crapuleuses de Lyon, sentait tout son sang-froid s'échauffer singulièrement sous les doigts de la rousse splendide qui collait son pubis couvert de cuir noir sur sa hanche en prodiguant à sa bite un concerto à cinq doigts particulièrement réussi.

" Ecoute poupée, la perle personne l'a vue depuis... ouah, fais pas ça ". Mademoiselle Caruso venait juste de plaquer ses lèvres humides dans le cou de Dédé en saisissant dans le même mouvement ses couilles pour une caresse rotative, tandis que d'un mouvement de bassin, elle laissait enfin passer la main de Dédé, quasiment apoplectique à force de gigoter, dans la ceinture de son pantalon de cuir, direction les rotondités soyeuses de ses fesses.

Dédé se cramponnait aux fesses soudainement offertes, à la poitrine laiteuse qu'il malaxait d'une main depuis un moment et au peu de self-control qu'il lui restait. Le mouvement transrotatoire de la main de Melle Caruso le laissait en permanence au bord d'une explosion libératoire dont l'approche toujours suivie d'un éloignement commençait à lui perturber le système.

" ...dis-moi où est la perle et tu verras que mes lèvres sont aussi expertes que mes doigts... " souffla Mademoiselle Caruso à l'oreille de Dédé, avec la voix rauque des entraîneuses en quête de client, une de ces voix rauques qui font monter votre température de quelques degrés, comme si Dédé avait besoin de ça.

" le gros homme, le gros homme a mis du monde sur le coup, ils ont repéré le client qui a la perle... " jeta Dédé d'une voix mourante.

Mademoiselle Caruso se pencha et engloutit le sexe divergent de Dédé.

 
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" Où qu'elle est la perle ? " ahana Jean-Michel, en continuant à frapper avec sa chaussette pleine de sable.

Maxime Ponterleau, arnaqueur semi-professionnel, client assidu des demoiselles de petite vertu lyonnaises, toujours à l'affût d'un bon coup mais en l'occurrence plutôt la cible de gros coups, essayait vainement d'expliquer à son tortionnaire pas commode l'histoire de la perle et du fourgue malhonnête. Son charabia n'était pas très convaincant.

" Vas-y, dis-le où elle est la perle ou je te casse les dents " argumentait Jean-Michel, sans tenir compte des trente-deux ratiches qui jonchaient déjà le parquet.

" Maï Thuaï Hua, Maï Thuaï Hua l'avait et je l'ai volé... " s'entêtait Maxime, avec du sang plein la bouche.

" Je sais déjà, connard " répliqua Jean-Michel, qui s'attaquait maintenant au nez de sa victime à grand coups de chaussette.

" gne l'ai p'us, gne resséleur m'a entuvé " nasilla Maxime.

" Articule, ducon " grommela Maxime en frappant de nouveau le nez de Maxime, ce qui prouvait soit dit en passant que la pression du gros homme lui faisait perdre quelque peu sa lucidité.

" Gne fourgue, gne fourgue de Vaulx... " expliqua Maxime.

 
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" Et... la... perle... ? " articula péniblement Larick sans cesser de pilonner la donzelle qui se pâmait sous ses assauts.

D'après les renseignements fournis par ses collègues plus ou moins liés à la pègre locale (en fait, principalement aux prostituées qui arpentaient les trottoirs autour du journal), Larick avait obtenu la piste de cette bibliothécaire censée connaître le devenir de la perle grâce à ses accointances avec les milieux asiatiques proche du gros homme. Il l'avait entrepris avec sa bonne vieille méthode du reporter bourlingueur, mélange de Tintin et de Corto Maltese, nettement plus Corto quand même pour arriver dans le lit défoncé de cet hôtel de passe du vieux Lyon. Mais il avait beau s'échiner à un ramonage en règle, il ne voyait rien venir, contrairement à la mignonne - euh, pas si mignonne que ça en réalité - qui annonçait bruyamment l'arrivée d'un orgasme de force cinq.

" Alors ma jolie, tu sais où est la perle ? J'aimerais t'offrir des perles noires de l'île Tamorea..." baratinait Larick en s'escrimant, les talons calés dans le pied de lit en laiton.

" Aah, Aah, Aah, Aarrrouaah, Aarrrouaah... " répondait la demoiselle nettement en perte de vitesse du point de vue de la facilité d'élocution et de la construction sémantique de ses phrases.

Larick commençait à se demander s'il l'on ne s'était pas foutu de lui avec ce tuyau crevé. La bibliothécaire semblait ne rien savoir du tout, en dehors de l'art de machiner le nestor d'un bel inconnu entre deux rayonnages. Elle l'avait traîné jusqu'à l'hôtel, mais ne savait visiblement rien de la perle, dont elle se foutait comme de son premier livre.

Entre deux ahanements, Larick entendit alors une voix connue prononcer le mot perle dans la chambre voisine de la sienne.

 
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Après avoir relâché leur indic devant la pharmacie la plus proche, Varland et Ronnaf avait rejoint le commissariat du centre, où l'inspecteur Morlame -spécialement chargé du suivi du gros homme- les mit au courant des dernières affaires concernant ce client un peu spécial. Ils étaient en pleine discussion quand on vint annoncer la découverte du corps de Maxime Ponterleau dans une chambre d'un hôtel louche fréquenté naguère par Maï Thuaï Hua. Par recoupement, les flics comprirent que Maxime trempait dans l'affaire de la perle. Il ne restait plus qu'à secouer les indics pour trouver qui était en affaire avec Maxime avant sa mort, et donc qui devait avoir la perle…
 
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Mademoiselle Caruso marchait d'un pas décidé en sortant du bar des amis, où elle avait rencontré Marcel-le-donneur, un camarade de classe passé au service du gros homme. Du genre rat crevé, Marcel était toujours subjugué par la beauté de Mademoiselle Caruso, qui lui avait extorqué le renseignement désiré contre une pipe d'une sensualité bouleversante dans les toilettes du rade. Laissant Marcel la bouche ouverte et le pantalon baissé, Mademoiselle Caruso fonçait vers Vaulx-en-Velin…
 
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Après avoir pris le temps d'informer le gros homme, Jean-Michel était lui aussi en partance pour l'appartement défoncé de Malik, le fourgueur qui avait entubé Maxime. Les consignes étaient à la prudence, le gros homme ne désirant pas empiéter sur le territoire du caïd de Vaulx, qui protégeait Malik. Pas question d'un interrogatoire à la barre de plomb. Il fallait agir avec prudence et diplomatie, surtout dans un quartier aussi sensible que la zone où vivait le kabyle…
 
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Larick avait vraiment le cul bordé de nouilles. Tout en continuant de pratiquer sa bibliothécaire, il avait distinctement entendu un individu - il connaissait cette voix, il en était sûr - appeler le gros homme dans la chambre à coté, et parler de la perle. Il savait maintenant qu'elle se trouvait à Vaulx, chez un fourgueur nommé Malik. Armé de son magnétophone, il roulait à fond les ballons sur le périphérique lyonnais…
 
A suivre...
 
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