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| Bien sûr, vous aussi avez pouffé nerveusement
quand votre instituteur, lors d'une leçon de géographie de votre cours moyen, a prononcé
le nom du plus haut lac majeur du monde. Vous avez regardé vos petits camarades pour rire de
cet adulte qui énoncait sans le savoir une plaisanterie comprise seulement des enfants. Vous
avez fait rouler le mot dans votre bouche en connaisseur. |
| Et puis le soir, en relisant la leçon,
en parcourant votre livre (j'espère que vous l'avez fait !), vous avez commencé
à rêver et le mot "Titicaca" est devenu pour vous évocateur
de terres fertiles au pied des Andes, de condor planant doucement dans le ciel, d'indiens
calmes pêchant entre les roseaux... Un peu plus loin, vous avez appris un autre
mot aux résonances magiques, un mot clé des rêves d'ailleurs, un de
ces mots qui surgissent dans votre esprit quand on vous dit "voyage" ou "aventure":
Altiplano. |
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Traverser dans un petit train jaune et cahotant
les terres tantôt arides, tantôt couvertes de maïs du plateau immense qui entoure
le lac Titicaca, c'est un peu se trouver projeté dans ce rêve. Le train tangue comme
un navire, nous passons à La Raya, à 4200 mètres, autour de nous les Andes
nous font le coup des montagnes inaccessibles. Le train serpente et plante son nez d'un coup sur
les berges du lac. Nous voici à Puno, et maintenant seulement nous pouvons le dire : le
lac existe bel et bien.
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Il nous faut gagner le lendemain un point un
peu élevé de l'île de Taquile pour apprécier l'immensité de
ce lac, qui disparaît au-delà de l'horizon. Un lac plus grand que le ciel, est-ce
possible ? Il me semble ici que tout est issu de ce rêve d'enfance, ce lac si grand au milieu
de ce plateau si haut, ces indiens tranquilles qui nous chuchotent des bonjours timides, pas essouflés
le moins du monde par le manque d'oxygène qui nous met à genoux, nous pauvres étrangers
qui touchont du doigt ce qui était jusque là pour nous un lac virtuel.
Car ce lac, qu'était-ce donc dans notre
esprit de plus qu'un lac imaginaire, trop haut pour être vrai, sur les berges duquel les
indiens vivaient d'une pêche millénaire dans les roseaux , sur les eaux duquels des
indiens navigaient dans des barques de roseaux pas moins millénaires? Le lac des incas
existe-t-il vraiment ? Devant mes yeux interrogatifs passe un indien dans sa barque en roseaux.
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Bon, le lac est réel. C'est sûr
à présent. Des millions de mètres cube d'une eau qui bout à 80°
et gèle à -5°. Le lac est bien réel et ses berges sont peuplées
d'indiens. Les îles de roseaux flottent au gré des courants, et les pêcheurs
vont et viennent sur des roseaux liés. Sur les rives, il y a aussi des trains et des villes,
un Pérou et une Bolivie plus modernes qui ancrent définitivement le lac dans la
réalité. Le lac est réel, mais pourtant son nom ne perd pas un seul moment
de sa magie. Ce lac Titicaca que je recherchais n'existerais-t-il que dans ma tête vide
? Lac, est-ce toi que je contemple ?
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Le lac me répond d'un coucher de soleil.
Ici, le soleil couchant est un dieu que l'on a adoré. L'empire de l'Inca a pris son envol
dans l'île du Soleil, sur le lac. Le soleil n'est pas le même qu'ailleurs, c'est sûr.
Ici, il est dans son berceau, c'est ici qu'il se couche vraiment. Pendant qu'il dort, c'est la
lune qui va se promener (l'île de la Lune est à coté de celle du Soleil).
De son coté, le lac, serein, règne sur l'Altiplano.
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| PmM |
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