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"Tu es mon alcool secret..." comme disait le
poème. Tu parles. Moi, c'est plutôt la gueule de bois qu'elle me donne cette nana. Une bonne gueule
de bois bien plombée, avec des petits clous farceurs juste derrière les yeux, là où ça fait comme
une petite cloche énervante de comptoir d'hôtel pilonnée par un vioque qui sucre les fraises.
Faut dire que j'y mets pas du mien. Mais bon, qu'est-ce que j'en ai à foutre après tout de cette
meuf ? " Ramassée dans un troquet, jetée sur un trottoir " comme dit Mimile - son vrai nom c'est
Emile comme l'auteur, rapport à ses parents qu'étaient socialistes pur jus - quand il a un coup
dans l'aile et qu'il commence à chialer, et à raconter n'importe quoi, tout ça à cause que Sabrina
l'a largué, et putain ça fait un an, y va nous lâcher avec ça maintenant ? Mais bon, moi, Mélissa,
même si je l'ai branché chez Jules le soir du couscous à volonté, j'ai quand même pas envie de
la jeter sur le trottoir. Pas du tout, même...
Faut vous dire que Mélissa, elle en connaît
un rayon rapport aux choses du cul. Un sacré rayon, même. Comme dirait l'poète, ça fait un putain
de rayon de soleil dans ma vie. Le genre de soleil vachement brûlant, si tu vois ce que je veux
dire, ou encore le genre de soleil qui te rend tout mou du bulbe. C'est pas que je sois particulièrement
débutant de ce coté là, mais bon, Mélissa, elle m'a étonné un paquet de fois. A se demander comment
elle a appris tout ça. Oulalah, je vous vois venir, vous pensez qu'elle s'explique peut-être du
coté du périph'. Pas du tout, pas du tout, non, elle a juste un appétit, une fringale, une curiosité
parfois un peu dérangeante qui la pousse au cul. En plus, on dirait pas comme ça à la voir, et
c'est quand on l'embrasse qu'on comprend tout. Par exemple, elle a son petit air de collégienne
avec ses cheveux tirés sur le coté, son blouson avec les fils du walkman qui dépassent et son
classeur sous le bras, elle s'approche et vous la prenez dans vos bras et pouf, vous sentez comme
qui dirait son bassin qui vous démarre un slow ondulatoire à usage exclusif de votre braquemard,
lequel se met immédiatement à jouer les lanciers du Bengale avec le son et tout. Unique, je vous
dit. Et je sais que je suis pas le seul à réagir comme ça, y'a qu'à voir la tête à Mimile quand
elle pose la main sur son bras : il a les yeux qui roulent et la sueur qui coule, sans parler
de ses boules...
Mélissa, comment dire, c'est une espèce de
boîte de lait concentré, mais de sexe. Et sucré le lait concentré, attention ! Sucré comme Mélissa.
D'ailleurs Mélissa, c'est comme mélisse, comme quelque chose de sucré, mais aussi d'un peu amer
parfois. Comme un bonbon géant qu'on pourrait déshabiller, et qui aurait toujours des parfums
nouveaux, ou comme un chewing-gum qui aurait toujours du goût. C'est bizarre, quand je pense à
elle, j'ai tout de suite des images de nourriture qui se propulsent dans le vide sidéral de ma
caboche, des victuailles, des choses douces et mijotées, du tout doux, du tout bon, des sauces
épicées qui t'accaparent le corps par tous leurs arômes. Mélissa, c'est un repas de fête à elle
toute seule, une gourmandise lascive. Et tout ça dans un plat en argent qu'on devinerait pas au
premier coup d'œil ce qu'il y a dedans ; et l'embrasser, c'est comme entrouvrir le couvercle et
sentir une odeur divine te remuer tout le corps. Et puis quand on est seuls je peux me mettre
à table, avec ma fourchette à la main, ouvrir le plat en grand et bâfrer comme un fou tout ce
plaisir sucré. Mélissa, quand elle se déshabille pour moi, c'est comme une attente qui deviendrait
infinie. Chaque seconde est un désert d'impatience, mes mains tremblent et s'égarent dans ses
vêtements que je voudrais arracher. Et elle, tout doucement, elle déboutonne gentiment tous les
petits machins qui me résistent toujours, et moi je suis de moins en moins lucide, de plus en
plus saccadé et je respire comme Mimile dans le bar et je sais pas comment mon jean résiste et
là, là, Mélissa rit doucement. Son rire à ce moment là est plus doux que n'importe quoi d'autre.
Pour un peu, je crois que j'attendrais plus ce petit rire de gorge que le moment où elle est nue.
Ca me fait comme un choc, vous mordez le topo?
Et puis quand elle est nue, c'est le feu d'artifice
du 14 juillet en technicolor cinémascope dans ma pauvre tête. Je peux pas vous raconter ses seins
qui sont deux biches, comme dirait l'prophète, des seins pas petits mais pas gros, pas des seins
de laitière, non, non, des petits morceaux de bonheur fou tout durs dans ma main. Je peux pas
vous raconter son ventre qui est comme le lit de camp de Dieu, comme la table de marbre et le
lit des rivières, comme le ventre de mon ours en peluche ou je sais pas bien quel autre truc à
la fois très doux, très impressionnant et tendre. Je peux pas vous dire l'éblouissement de sa
touffe pudique qui me fait comme un clin d'œil quand je regarde Mélissa nue devant moi, debout
et souriante, un petit clin d'œil coquin. Je peux pas vous dire tout ça, parce qu'à ce moment,
je suis plus moi-même vous comprenez ? Je suis jamais blasé de son corps ; en plus, je sais ce
qui m'attend ensuite. Mais c'est pas le problème.
Je sais bien que j'ai tort de pisser dans le
lavabo. Forcément, ça la met en colère. Mais bon, je râle pas moi quand elle met des heures à
se mettre son vernis, que j'ai pas le droit de la chatouiller sinon c'est la grosse crise. Tout
ça c'est des petits trucs qu'on a toujours avec les gonzesses. Comme quoi on fait jamais le lit,
où des conneries comme ça, comme si ça faisait une différence que le lit soit fait ou pas quand
on doit s'y vautrer. Par contre, on a toujours droit à la salle de bain bloquée pendant des heures
et à la meute de pots et de crèmes qui cernent ta malheureuse brosse à dents. Et je parle pas
des rasoirs subrepticement utilisés... Bon, en fait, on s'en fout, même si ça énerve sur le moment.
Avec Mélissa, pourtant, y'a autre chose. C'est pas seulement pour ça que parfois c'est dur de
vivre avec elle. Des fois, c'est juste parce qu'elle me regarde sans dire un mot pendant des minutes,
comme un savant qui aurait trouvé une toute nouvelle espèce de moisissure bien réjouissante. C'est
pas méchant, notez bien. Juste on dirait qu'elle a des visions, je suis maqué avec Bernadette
Soubirous. Et le pire c'est que quand elle me regarde comme ça, je réalise au bout d'un moment
que je suis aussi en train de la fixer depuis des minutes, avec la bouche ouverte comme les carpes
décolorées du restaurant chinois du coin du boulevard, où ils font des nems qu'ont pas le goût
de chou. Je sais pas, y'a comme dirait le poète " un courant de 100 000 volts ", à moins que ça
soit le gars d'EDF à la télé.
Du courant de haute tension, y'en a à tous
les coups après qu'elle se soit déshabillée quand on passe à la chose proprement dite. Je veux
pas me vanter, mais Mélissa me survolte, on forme une belle équipe, de beaux équilibristes. Tous
les soirs, c'est carrément Pinder dans ma piaule. Enfin, quand je dis tous les soirs, c'est un
peu n'importe quand, juste le temps parfois de récupérer en buvant un bon rhum chaud avec beaucoup
de miel et de citron. Mélissa au lit, c'est une petite pieuvre toute collante qui est toujours
là où tu ne l'attends pas et toujours là où tu l'attends. Cette sensation d'être au chaud, enveloppé,
aspiré... un peu comme quand tu fais le con dans les rouleaux au bord de l'océan et que la force
irrésistible des vagues fait descendre ton maillot, tu vois ? Là c'est pareil, sauf que c'est
chaud et doux en plus, que c'est salé pareil, et que parfois c'est si fort que tu es mi-gêné mi-ravi
comme pour le coup du maillot. Mélissa au lit, c'est facilement la grande vague d'Hawaii où se
fracassent ces cons de surfeurs blonds, et parfois c'est carrément le grand tsunami ravageur qui
te laisse brisé sur ton lit naufragé. Il y a des moments, je me dis qu'à force de me démener,
de m'enfoncer dans cette tiédeur géante, je vais finir par m'engloutir dans Mélissa, au plus profond
du plus profond de Mélissa, et qu'elle restera là, à sentir un petit bonhomme continuer à s'agiter
dans son corps, repue. Il y a des moments, je sens que je commence à brûler, un point de combustion
intense vous devinez où qui rayonne comme le long de fils qui partiraient de là pour aller dans
la pointe de mes doigts crispés sur ses fesses, dans ma bouche sur son cou, dans mes jambes arqueboutées.
Et j'accumule ce feu, et je retarde le moment de le laisser partir parce que je sais que je mourrai
après. Evidemment, je meurs pas mais des fois c'est tout comme.
Et pourtant, c'est pas que le cul qui m'attache
à Mélissa, y'a forcément autre chose. Je veux dire que quand je pense à son cul, c'est pas uniquement
à ce qu'elle fait avec, toutes ces voltiges et tous les trucs qui font comme un spectacle atomique,
non, c'est aussi à ce qu'il y a autour. Son petit rire que je vous disais, par exemple. Voilà,
ça, c'est l'exemple typique du truc qui me manque et que je trouverais pas avec une autre je crois.
Rien qui m'ait inspiré comme ça par exemple chez Bertille, la seule avec qui j'ai trompé Mélissa,
et encore trompé c'est un grand mot, si on peut appeler tromper un coup fumant dans l'ascenseur
de son immeuble de bourges, juste qu'elle m'avait énervé avec ses airs de " vous avez pas trop
le style de la soirée, mais je veux bien que vous rameniez ", deux fois " je ne couche pas comme
ça avec les garçons" et à la troisième elle me met vingt centimètres de langue dans la gorge en
me fourbissant frénétiquement le chinois, bonjour la ramonée féroce dans l'ascenseur en grillage,
la chair palpite à mon appel comme dirait l'autre, et puis ensuite un long moment de câlins humides
dans la cage d'escalier sombre avec la lumière faiblarde de la rue par les carreaux tout en haut,
et ses seins dans mes mains.
Non, c'est pas ça. Des fois je me demande si
je serais pas amoureux. Enfin, je suppose que c'est peut être ça être amoureux. Là-dedans, j'ai
pas une grande expérience, vu que jusque là j'avais pas ressenti d'attachements particuliers pour
les nanas, juste l'histoire de la chose vous voyez, de la chose et du poil qui va autour. Alors
c'est peut-être ça, cette histoire de gueule de bois, comme quand j'ai bu un coup, et ça me monte
au citron, et que je commence à avoir les sourcils qui poussent, et que j'agite mes mains vers
les bouteilles qui passent comme un oisillon affamé, juste à ce moment là, ce genre de gueule
de bois là, en définitive plus celle du manque que de l'excès. Une histoire de quelque chose qui
te manque et que tout est dépeuplé, comme dirait le poète. C'est ça, une espèce de manque qui
te file la casquette de plomb des grands jours, un manque qui t'empêche de penser, qui te laisse
avec une seule idée en tête, comme c'est que ça doit être quand tu cours comme un petit chien
derrière ton dealer pour qu'il te laisse lécher les fonds de ses poches, moi j'suis pas drogué,
mais je connais le problème, j'en ai vu qui aboyaient presque. Voilà c'est ça Mélissa, c'est mon
manque à moi, ma bouteille inaccessible quand je suis saoul, sauf que elle c'est quand elle est
pas là que je voudrais l'attraper.
Ah la la, je vois déjà sa tête si je lui annonce
que je suis amoureux d'elle ; je suis bon pour me faire chambrer, elle va le crier à tout le troquet
et Mimile va bien rigoler avec son sourire en coin et son air de " ça commence comme ça et demain
tu seras là à chialer dans ton monaco ". Et puis ça va changer ce qu'elle fera au pieu. Comme
quoi peut-être elle se croira tout permis et qu'elle me traiterait comme un paillasson. C'est
vrai quoi, j'ai pas envie qu'elle croit que c'est arrivé, que je suis son petit chien, que le
sexe avec l'amour c'est que du sucre sans le sel, qu'elle croit que je veux rien que du doux dans
la mélisse. Pas question, ça reste un secret, je garde le secret de mon ivresse.
Mélissa finalement, c'est mon alcool secret.
Comme dirait l'poète.
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