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| Ah petit fauteuil, tu es encore là pour m'accompagner au cours de cet automne
pluvieux et de l'hiver qui s'annonce rigoureux (j'ai vu hier le premier ours blanc de la saison près de la Tour Eiffel). Il faudra
sûrement pour me réchauffer un bon chat bien chaud ronronnant sur mes épaules, un feu délicat pour une lumière douce, un verre au
contenu explosif (Rye Rickey : deux parts de bourbon pour une de jus de citron vert et une de Martini blanc. Complétez avec du
Perrier) et quelques livres, parmi lesquels... |
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| Péplum d'Amélie Nothomb
- Livre de poche |
| Dans ces colonnes, nous vous avions dit tout le bien que nous pensions de Hygiène
de l'assassin. Dans Péplum, Amélie Nothomb réalise encore une fois un dialogue plutôt qu'un roman. Le livre n'est constitué que
d'un seul dialogue (excepté un petit dialogue d'exposition au début et un petit paragraphe de rupture) qui met aux prises Amélie Nothomb
elle-même (projetée dans le futur) et un scientifique du XXVIème siècle. Amélie Nothomb est sans conteste une grande dialoguiste (elle
le fait dire à son alter-ego dans le livre qui répond à la question "Quel manque d'imagination pour une romancière ?" par
"J'étais plutôt une dialoguiste ").
Les descriptions sociales du monde du XXVIème siècle sont relativement artificielles,
et ne semblent être là que pour fournir un support à quelques répliques piquantes. On retrouve la même sensation d'artificialité
ressentie dans Hygiène de l'assassin : quand un élément intéressant d'un personnage (en liaison avec la description du cadre
par exemple) semble sur le point d'être explicité, pouf !, une réplique cinglante vient clore le sujet. Le sujet le plus approfondie
dans ce domaine est peut-être l'attirance qu'éprouve Amélie Nothomb à se décrire comme une garce, comme une personne irritante et
fantasque. Entre détails incohérents et artificialité de l'atmosphère, on finit par se sentir comme le personnage du roman : au
réveil d'une anesthésie.
Mais le dialogue reste passionnant, et l'on se retrouve - comme dans Hygiène
de l'assassin - à surveiller les desseins des acteurs, à supputer leurs réussites potentielles dans l'affrontement qui les lie.
Quelques idées surprenantes sont nouvelles et croustillantes - sans pour cela que le livre puisse être rangé au rayon SF (ce que
proclame la jaquette) - comme le sort destiné aux livres classiques dans ce futur dominé par le contrôle de l'énergie. Si vous aimez
les dialogues...
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| PmM |
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L'Hiver de Force
de Réjean Ducharme - Folio |
On parle de Miller ou de Kerouac à propos de L'hiver de force. On peut
aimer ce livre étrange sans être un fan de Kerouac (c'est mon cas).
Nos amis québéquois ont une poète bien à eux. Vu de notre douce France, la langue de Ducharme sonne rude comme un hiver à Montreal.
Que nos lecteurs québéquois m'excusent, j'ai trouvé ce livre exotique (!). Vos expressions sont géniales, drôles, originales, surprenantes.
Mises en scène par Ducharme, elles distillent un parfum de neige et de froid, elles symbolisent la dureté de la vie, la difficulté
des contacts humains.
Ce roman ne ressemble à rien de connu. Il fait penser à J-M G. Le Clezio (Le Procès Verbal), par l'exacerbation de la solitude,
en moins chiant. On peut le rapprocher d'Auster, pour la solitude et la clochardisation. Mais alors que chez Auster, la solitude prend
les personnages, les coupe du monde (on est les champions ! [désolé]), chez Ducharme, c'est André et Nicole qui se coupent, s'isolent
et crient leur solitude pour gagner une parcelle d'amour. |
| LN |
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Le Procès de Jean-Marie Le Pen
de Mathieu Lindon - P.O.L. |
| La plupart des magazines se sont trouvé gênés pour parler de ce livre. Scrupuleux sans doute de ne pas
mêler littérature et politique. Lécueil est pourtant simple à éviter, dès lors quil est entendu que Jean-Marie Le Pen
ne fait pas de politique. Aucun critique naurait été embarrassé sil sétait agi dune fiction se déroulant au
sein des Waffen SS. Il ny a donc aucune raison de lêtre à propos du Front National.
Ceci étant dit, louvrage ne manque pas de qualités. Qui autre quun avocat eût pu si bien
rendre la manière inexplicable que nous avons de nous perdre, de nous embourber dans le langage et les discours dès que nous abordons
la question du racisme. Cette évidence qui nous fait condamner sans hésitation une attitude à la fois irrationnelle et socialement
nuisible, dune subversivité qui nest que destructrice, voit tous ses fondements seffriter dès que nous nous trouvons
confrontés aux racistes. Ainsi, Me Mine, avocat homosexuel juif et de gauche on na pas plus de raisons dêtre
insoupçonnable de lepénisme se voit chargé de la défense de Ronald Blistier, jeune frontiste ayant, au cours dune expédition
nocturne daffichage sauvage, abattu un Beur nayant dautre tort que davoir été là. Les voies de la justice
sont impénétrables, mais Me Mine compte mettre à profit le procès pour demander la comparution de celui quil juge comme le
vrai responsable, à savoir le président du Front National.
Dès lors, on sombre dans des débats kafkaïens. Le procès en soi perd son importance. On nassiste
plus quà un déballage dinepties de la part de laccusé et de sa famille. Comme lassistance, on voudrait les
faire taire. Les propos choquent, et plus encore la candeur avec laquelle ils sont tenus et soutenus. Mais, comme la partie civile,
comme toute la cour, on reste impuissant. On est à bout dargument. Il devient impossible de juger une affaire de meurtre lorsque
le coupable, tout en reconnaissant les faits, semble ne pas comprendre comment cela fait de lui un meurtrier. Le dialogue entre
la défense et laccusation devient absurde. On ne voit dautre issue que de condamner laccuser sans lentendre.
Solution intolérable, que lauteur lui-même na pas toléré
Lapproche et la construction du Procès de Jean-Marie Le Pen semblaient donc prometteuses. Las !
riche en réflexion, dérangeant, énervant, louvrage pêche sur le plan littéraire. Lauteur se perd dans des arguties davocat
et des subtilités de stratège. Témoin cette longue scène qui réunit Me Mine, ses parents avocats eux aussi et son compagnon
Mahmoud Mammoudi autour dune interminable partie de bridge dont la portée symbolique tactico-judiciaire nous échappe
mais peut-être nos lecteurs amateurs du noble jeu pourront-il nous éclairer. Le style révèle des insuffisances quon a du mal
à pardonner. Enfin, le dénouement semble bâclé. Tout se passe comme si Mathieu Lindon avait fini par échouer dans cette impasse
quil sétait employé de belle manière à dévoiler. Comme sil avait cherché à se débarrasser dune histoire
qui, en définitive, nen est pas une.
Malgré son manque de souffle et ses carences, le livre de Mathieu Lindon se lit agréablement. Il serait
surtout dommage de passer à côté dune tentative, unique à cette heure, dexaminer le racisme dans une perspective qui
nous touche tous intimement : notre impuissance à le contrer. En le fermant, on songe à cette belle phrase de Kundera (Risibles
Amours) : "Tu ne peux discuter raisonnablement avec un fou. Discuter raisonnablement avec un fou signifierait que tu es
fou toi-même ".
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| FXS |
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L'âge de diamant
de Neal Stephenson - Livre de poche SF |
| L'âge de diamant est le deuxième
roman (publié en France) de Neal Stephenson, auteur américain imprégné de culture informatique et de cyber-réalité gibsonienne. Son
premier chef-d'uvre prophétique intitulé Le samouraï virtuel (le titre original est Snow-Crash) prévoyait avec
quelques années d'avance (1992) l'apparition de communautés virtuelles, de mondes imaginaires hébergés sur les réseaux informatiques
et peuplés d'avatars. Aujourd'hui, ces mondes informatiques existent bel et bien, même si l'on n'y accède pas encore aussi simplement
que dans le roman (où existait l'équivalent de cabines téléphoniques reliées au réseau).
L'âge de diamant est aussi prophétique que Le samouraï virtuel.
L'élément technologique central est la nanotechnologie. Par nanotechnologie, il faut comprendre la logique et la mécanique réalisées
à partir d'assemblages atomiques. Cela existe déjà mais à une échelle encore un peu supérieure : les puces informatiques ont des
parties élémentaires de plus en plus proche des dimensions atomiques, on a déjà réalisé voici quelques années un moteur électrique
visible seulement au microscope. Dans le roman, la nanotechnologie est poussée au rang de technologie ultime, elle accompagne toutes
les révolutions sociales et humaines que l'on entrevoit dans la science-fiction (ou dans la réalité) en les rendant possibles. Par
exemple, l'utilisation de mécanismes nanotechnologiques injectés dans le corps pour combattre virus ou tumeurs, ou la reproduction
de construction de masse (de type corail) par l'amoncellement de nanomécanismes. L'utilisation de la nanotechnologie est si importante
qu'une nouvelle forme de pollution apparaît : les nanomécanismes en fin de fonctionnement dérivent dans l'atmosphère comme une fumée
épaisse et entraînent une nouvelle forme de silicose (chez les pauvres uniquement, les riches ont des nanomécanismes pour les protéger).
La description quasi-documentaire de l'usine de production nanotechnologique et des ingénieurs qui l'animent me fait penser au lyrisme
industriel de Jules Verne dans Les cinq cent millions de la Bégum (scène de la fonte de l'acier). Toutes les applications
de la nanotechnologie sont présentées dans le roman de manière crédible, et c'est un des éléments qui rendent ce roman si prenant.
Le livre narre les aventures d'une jeune fille et de son éducation. Cette jeune
fille pauvre est éduquée par l'intermédiaire d'un livre conçu par un ingénieur en nanotechnologie, suite à la commande d'un noble
patricien. Ce livre est un livre bien particulier (en fait un ordinateur nanotechnologique) qui s'adapte à son lecteur pour lui
proposer une aventure dont il est le héros, avec des difficultés dans son aventure qui sont en fait des méthodes pour l'éduquer.
Nell, la jeune fille, lit donc dans le livre les aventures de la Princesse Nell, et apprend avec elle de nombreuses choses. C'est
un vrai ravissement de retrouver les valeurs ou connaissances réelles inculquées sous forme de jeu à Nell : par exemple, dans le
château du Duc de Turing, la Princesse Nell essaye de deviner depuis son cachot si le prisonnier avec qui elle communique (par le
biais de chaînes portant des maillons à deux états) est un être humain - le Duc de Turing emprisonné par ses machines - ou une machine
qui cherche à piéger Nell. On sourit en voyant cette pauvre princesse imaginer un test de Turing efficace. Le livre est interactif
et humanisé par l'emploi à travers le réseau d'une actrice humaine de ractifs (les divertissements interactifs qui remplacent la
télévision) pour lire les textes générés par l'histoire en cours. Le livre accompagne Nell durant son enfance et son adolescence.
Si l'idée d'un tel livre de chevet est réellement séduisante, la place que lui donne Stephenson dans le livre est certainement extrême
: distribué à trois jeunes filles de conditions sociales différentes, le livre sert de nouvelle pomme d'or à des jugements sur l'éducation
liés à une vision sociale nettement critiquable.
Sans rentrer dans les détails, la vision sociale déjantée qu'a Stephenson du
futur de notre monde est plutôt effrayante. Elle est inspirée de Gibson bien sûr, et du chaos Madmaxien du Samouraï Virtuel. Ce
qui est gênant dans cette vision, c'est que Stephenson la présente à la fois comme une dégradation condamnable de notre monde (des
clans riches ou pauvres puissamment protégés, un éclatement des nations, la disparition de la notion d'Etat, l'institutionnalisation
des privilèges aristocratiques) et à la fois comme la projection logique de l'ordre des choses. Les activistes du livre se battent
contre la technologie, mais pas contre la forme de la Société. Une sous-philosophie confucianiste de la résignation présente cette
société comme " naturellement " inévitable, de la même manière que les Etats-Unis présentent depuis des années l'économie
de marché globalisée comme inévitable et " naturelle ". Beaucoup d'autres éléments sociaux présentés dans le livre font
souvent bondir dans son fauteuil (de velours brun) et gâche un peu le plaisir de ce livre par ailleurs extraordinaire.
La force de Neal Stephenson est de réussir à brosser un tableau complet d'une
époque, d'une société et de ses technologies à partir de quelques touches qui concrétisent de nombreuses connaissances déjà plus
ou moins possédées par le lecteur (que ce soit pour la technologie ou pour les aspects sociaux : par exemple, nanotechnologie et
risques actuels de fractionnement des nations suivant les ethnies). Pour cette raison, et notamment pour les aspects technologiques,
il n'est peut-être pas aussi passionnant pour tout le monde. De plus, cette technique " d'aperçus " et de touches successives
ont tendance à morceler le fond du roman, qui apparaît un peu décousu...mais passionnant tout de même !
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| PmM |
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Quotidien Délirant
de Miguelanxo Prado - Casterman |
Prado est un auteur de bandes dessinées catalan qui produit depuis quelques années
des oeuvres formidables tant par la qualité du trait et de la technique que par la pertinence de la critique humaine. Car le domaine
de prédilection de Prado, c'est l'épinglage des travers humains, de la bêtise et de la méchanceté. Ses héros sont toujours vaincus
par ceux-là même que l'on aurait plaisir à voir écrasés par un rouleau-compresseur lancé à pleine vitesse : vieilles acariâtres, machos
mesquins, fonctionnaires refoulés, gosses méchants, les histoires fourmillent toujours des comportements les plus injustes, les plus
mesquins, les plus vils. Le héros, normal, moyen, sans arrière-pensées, est broyé par l'injustice d'un engrenage toujours inexorable.
On s'identifie toujours au héros évidemment, parce qu'il est difficile de faire autrement, même si l'on sent que Prado n'est peut-être
pas loin de décrire parfois les obscurs sentiments qui nous ont forcément animés à un moment ou à un autre...
Prado, c'est aussi un trait splendide, une vision nouvelle de la perspective (Hé oui, c'est possible) et des couleurs au crayon et
au pastel (pour certaines histoires) qui donnent à ses planches une tonalité particulière. Il faut lire Prado pour découvrir une facette
importante de la bande dessinée hispanique contemporaine. Ses oeuvres : Manuel Montano (un Pepe Carvalho gaffeur), Chienne
de Vie, C'est du Sport, Y'a plus de Justice... |
| PmM |
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