Elégie
 
 
Elégie
 

Noir comme le souvenir. Noir comme le Dahlia. Noir comme ton corps, mon amour, ton corps éperdu qu'on a jeté dans la nuit. Noir comme la fatigue où je meurs.

Voici la terre fraîchement retournée où repose ton corps. Je suis étendu là, face contre elle, pour l'éternité. Ca grouille de vers, là-dessous, comme il a plu un peu, je les sens, ils se collent à moi de toute leur glaise.

Je suis collé contre elle, pour l'éternité. Je te sens. Je sens ta douce forme qui repose, tournée vers moi, sagement. Les mains repliées sur ton ventre. Encore une fois, je les envie. J'ai toujours désiré comme elles pouvoir m'étendre à loisir sur la soie l'ambre le lourd et doux tissu de ta peau. Il fait nuit. Nous sommes seuls. Je peux bien être indécent. Je peux bien parler de ton ventre de tes seins de tes cuisses de ton sexe noir duveteux court rasé chaud comme le tapis où je me roulais, vautrais enfant, à vingt ans encore, pour y lire des heures durant les aventures, les grandes les belles aventures de l'univers, je peux bien parler de ton odeur où je plongeais je noyais ces années perdues depuis que je suis parti, parti, ça ne sert à rien de grandir, ton odeur qui m'attirait, me collait contre toi parasite, parasite tu me nourrissais en souriant en disant je t'aime ou en dormant simplement avec sur ton dos tourné ma carcasse engluée ne respirant plus que ton parfum chaud et chaque mouvement que tu faisais était un déchirement, un nouveau départ, un déchirement.

Il a plu un peu sur la terre fraîchement retournée. Sous mon ventre un caillou me blesse, ou peut-être un morceau de fer-blanc rouillé. J'y passerais la nuit, sous les étoiles. J'y passerais tout le temps que je te sens, sagement posée sous moi. On est bien, là, tous les deux seuls dans la nuit où il a plu. On est bien, là, moi mort et toi dormant.

FXS
*
 
En feu, les âmes, en feu ! Le monde a ses trésors, ses forêts humides couchées par le voile. Le soir a ses aurores ambrées, ses soleils jumeaux qui se lèvent au gré de la tornade, le soir a ses accouchements.

 

Sur une tresse d'écorce vogue l'esprit du soir. Sur les feuilles blanchies il a déposé son ventre. Au long du fleuve il écrit ma flamme, dans le brouillard mort comme du coton. Il m'a laissé et m'a repris hier. Il a chanté pour moi la romance de l'eau, l'été les creux l'écueil des saisons vertes. Il a frappé pour moi aux carreaux endormis. Debout génies, fées, follets dansants, feux de joie ! Allumez les écoutilles, on brûle le vaisseau ! Debout, marins, fantômes, il est temps d'apprendre à voler, à flotter, à nager, à mourir ! Debout ! On ne vous attend pas ! Regardez ! Regardez ! Tout se précipite et vous allez vous perdre !

 

Au feu ! Aux armes ! Quittons-nous, nous voici sur le chemin, il est temps de partir, la croisée des routes est encore loin.

 

Ah ! Le beau jour ! Le beau jour où les morts se relèvent ! Le beau bal que le bal des pendus ! Les pas sonnent clair et on y a mêlé l'écho des batailles. Devant nous les pentes impossibles de la montagne en fleurs ! Devant nous les lacets du fleuve qui chahute gaiement son brouillard de roi. Devant nous les forêts rutilent et se déplient, on lève le voile, tout s'ébranle dans un cri. Pèlerins, à vos bâtons, c'est votre Dieu qui le demande. Il est le chemin, piétinez-le, il est la poussière sur vos sandales. En route ! Nagez, volez, flottez gaiement ! Et que plus jamais, jamais, Il ne nous porte.

FXS
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