Xmas Jones et le Renne Maudit
Projet de scénario par John.
 
Ce projet est l'aboutissement d'une recherche sur les tendances lourdes du cinéma et sur les goûts majoritaires du public. En combinant les éléments les plus rentables des dernières productions, nous devrions mettre sur pied un film "parfait", synthétisant ce qui a fait le succès des films récents.
 
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Première scène
Un temple aztèque ou une base secrète d'armements nucléaires
 

Les hommes de main de la grande secte des adorateurs de Chxitcptelopec, le dieu à tête de renne. Ils sont habillés de toges blanches (à moins qu'il ne s'agisse d'uniformes de l'armée chinoise) et armés de mitraillettes et de couteaux d'obsidienne. Ils préparent un mauvais coup.

Leur chef, le célèbre Gregor Miratchev (pour accentuer le côté "pays de l'est") (ou alors Ming-Li-fu, le sournois chef des triades chinoises) (ou pourquoi pas Abdel Razhami, le milliardaire islamiste ?) prépare un complot contre "le grand Satan" qui a profané l'image de Chtixpcteloxpech, ou bien qui a insulté Allah, ou alors qui a laissé se reformer les Rolling Stones, les chiens d'infidèles.

Gregor (ou Ming, ou Abdel) est un solide gaillard que l'on devine expert dans toutes les techniques pour éviscérer un homme sans cesser de siffloter "I will always love you" de Whitney Houston. Il tient dans sa main une photo de Xmas Jones, notre héros, qu'il froisse avant de jeter dans un feu en faisant "ha ha ha", ou alors "hi hi hi" si vous avez choisi l'option Ming.

-fondu enchaîné du feu sur le générique-

 
 
Seconde scène
Un commissariat crasseux de New York ou le QG secret des lutins du Pôle Nord
 
Sur un bureau crasseux traînent les accessoires habituels de notre héros: une bouteille de tequila, un colt 45, une hotte. Dans la fumée des cigarettes, on distingue le chef du service : un gros capitaine de soixante ans (avec une chemise bleue et sale) ou un petit lutin noueux rompu à la lutte en corps à corps (avec un bonnet vert et sale). Le spectateur comprend vite que notre héros se fait réprimander par sa hiérarchie pour sa mission précédente au cours de laquelle la ville de Los Angeles a été totalement détruite par l'invasion de Godzilla avant que notre héros parvienne à le maîtriser grâce à son excellente imitation de Casimir (effrayé, le monstre s'est enfuit en piaillant) (il faut au passage laisser planer le doute sur la réalité des rapports entre Godzilla et Xmas Jones: le héros doit avoir l'air déprimé au début du film). Le savon que passe le capitaine à notre héros (c'est une métaphore) ne laisse pas de trace sur son visage buriné. Il tire nerveusement sur une cigarette (ou pour les pays où existent des législations anti-tabac, sur un bout de poisson séché, type hareng) en tripotant machinalement l'hermine qui borde sa cagoule. Soudain, et l'on pourra insister sur le côté imprévu par un gros plan sans concession, le téléphone sonne. Le capitaine décroche et pâlit : ce sont apparemment de mauvaises nouvelles. Mû par un sixième sens qui n'appartient qu'à lui, notre héros prend l'écouteur pour reconnaître la voix du méchant susnommé. Son visage ne laisse pas apparaître le moindre signe de contrariété, mais l'on peut constater qu'il a avalé son poisson séché (ou sa cigarette).
 
 
Troisième scène
La salle de réunion de crise, style bureau ovale, mais avec des ours blancs autour du bureau si vous avez choisi le Pôle Nord
 
Le capitaine explique d'une voix forte le plan machiavélique de Gregor Miratchev-Li-Fu-Razhami : le brigand projette d'envahir New-York ou le Pôle Nord, faisant fuir les populations terrorisées par la menace de la chute d'un astéroïde géant contrôlé par une civilisation extraterrestre armée de mauvaises intentions (de type expérimentales et médicales, voire sexuelles) et de fusils lasers. Ces extraterrestres (on devra voir des photos : un croisement entre alien et un teckel géant) ont accepté de s'allier avec Miratchev-Li-Fu-Razhami contre la promesse de posséder, dans le nouvel ordre mondial, les provinces australiennes, asiatiques et la totalité du bassin d'Arcachon. Les autorités disposent de 48 heures pour déposer au pied du cinquième réverbère de la cinquième avenue toutes les réserves mondiales d'or et de diamants ainsi qu'une quantité impressionnante d'entrées valables à vie pour Disneyworld (avec des oreilles de Mickey brodées des prénoms des envahisseurs). Au ton du capitaine, on comprend que ça ne rigole pas. Autour de la table sont assis entre les ours des tas d'experts bureaucrates incompétents, vaniteux et mal habillés. Ils s'arrachent les cheveux en pensant à la complexité des revendications de Gregor, surtout pour broder sur les oreilles des noms comme "skkkkrrigzzaadrere" ou "ffffroeirjkfkfjghgie" qui sont monnaie courante chez les aliens. En tout cas, notre héros est exclu du coup, en raison d'une quelconque brimade administrative, il devra lutter seul, en dehors de toute légalité.
 
 
Quatrième scène
Un bar louche au cœur de New York ou la terrasse d'un vendeur de harengs séchés sur la banquise
 

Notre héros est seul. Mais il est bientôt rejoint par ses inséparables amis : il y a là Scott, le spécialiste en armes à feu, Samantha, la jeune recrue surdouée dont les courbes parfaites laissent présager d'intéressantes capacités, William, le vieux grincheux à deux jours de la retraite qui doit impérativement mourir avant la fin de la scène pour relancer la tension dramatique et Rudolf, bras droit mystérieux dont la légendaire sagacité n'a d'égale que l'épaisseur du pelage. Pendant la discussion, William s'éclipse aux toilettes où l'attendent une cinquantaine de ninjas surentraînés. Notre héros retrouve son corps quelques minutes plus tard, ou plutôt, commence à retrouver son corps quelques minutes plus tard. Ivre de douleur, il décide, pour venger son ami, de tout plaquer, de faire la peau de Gregor et de ne plus jamais manger de hareng. Sur ce, une explosion ravage l'établissement, dispersant des débris sur toute la 7ème avenue, jusqu'à l'igloo de Nuik.

<Pour la suite du film, je préconise le déroulement type 45b, où tous les amis du héros meurent les uns après les autres dans d'horribles souffrances, se sacrifiant pour la grandeur de l'Amérique. Les gags seront régis par le protocole g-63, et générés par ordinateur (penser à introduire les mots : "houppelande", "cheminée", "renne bourré comme un polack" et "accident nucléaire").>

 
 
Nous retrouvons notre héros pour la scène finale :
Vingt-troisième scène
Le bunker secret de Gregor, en Albanie ou en Irak ou en Chine
 
Notre héros est mal en point : il est blessé (mais de façon esthétique), son manteau est tout déchiré et Rudolf vient de crever dans les pièges diaboliques de Gregor. Le combat final s'annonce mal, cependant gageons que Xmas Jones saura trouver suffisamment de ressources en lui-même pour vaincre Gregor (ou alors ça me ferait mal). La lutte a lieu sur des passerelles, et après de nombreuses péripéties, Gregor chute dans un sanibroyeur géant en faisant "Haaaaaaaaa". Tout laisse supposer que, cette fois, il est définitivement crevé. Légèrement fatigué, notre héros s'approche de la rambarde et laisse échapper sa réplique finale qui est devenue essentielle à toute aventure de Xmas Jones : "Ho Ho Ho".
 
 
Vingt-quatrième scène
Le QG des lutins ou la mairie de New York
 

Notre héros est acclamé par une foule disparate composée des habitants de la ville, de deux ours blancs venus faire les grands magasins et de quelques pingouins. Avant même que le maire, ou le chef des lutins, n'ait pu le décorer, il s'enfuit avec son traîneau qu'il doit tirer lui-même depuis la mort de Rudolf. La nuit referme son manteau étoilé sur sa silhouette abattue, on ne distingue bientôt plus rien tandis qu'un bruit de clochettes s'amenuise dans l'obscurité.

-fondu enchaîné sur le générique-

 
 
Dernière scène
Une décharge publique où traînent des carcasses de voitures et des squelettes de morses
 
Une main surgit des détritus, c'est celle de Gregor. Il se dresse et hurle "je me vengerai, Xmas Jones" avant d'éclater d'une rire sardonique : "Ha Ha Ha" ou "Hi Hi Hi", ça dépend.
 
 
FIN
 
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