Nouvelle à suivre...
 
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Le commissaire Grenier, fidèle lecteur du "Guide du Pétard", s'adonnait au tourisme narcotique: une année le Maroc, ensuite la Colombie, plus tard les Pays-Bas. Il avait sa propre conception du souvenir de vacances et son carnet de routes ressemblait plus à un herbier qu'à un album de cartes postales. Ses dernières tribulations l'avaient conduit en Birmanie, haut lieu de la culture du riz et bas-fonds de celle de l'opium. Ainsi, la première étape de son périple l'amena à visiter les célèbres temples Pyu de la région de Bhamo. Une fresque dans la salle des offrandes attira son attention: elle représentait un personnage qui avait les bras dressés vers le ciel ainsi que trois boules accolées au niveau du bas ventre. Ce personnage semblait remercier une divinité pourvue d'un sexe de taille respectable et dressé lui-aussi. Grenier, interloqué, ne put résister à questionner le guide local à ce sujet. Celui-ci lui répondit dans un français approximatif: "Tribu des Pyu…vénérer dieu Priape…quand éléphant sacré produire perle et perle toucher testicules de l'homme Pyu, alors homme très vigoureux et femme Pyu très satisfaite." Le commissaire qui en avait entendu des vertes et des pas mûres dans sa carrière s'esclaffa: "Une perle pondue par un pachyderme qui combat l'impuissance? Ma parole, on fumait aussi à l'époque des Pyu !!!" Le guide birman le reprit aussitôt: "Etranger croire moi… éléphant offrir perle chaque 10 ans de sa vie. Perle doit rester en contact quelques minutes seulement et homme retrouver jeunesse…elle aussi appelée oeil du diable par Anciens"
 

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Riton était content de lui: à 10 francs le kilo de préservatifs (ou 1 franc le mètre), il proposait la capote la moins chère et prenait ainsi un avantage concurrentiel sur les autres macs du milieu. Primo, il venait de négocier des prix canons auprès de la fille du directeur des industries pharmaceutiques lyonnaises. Secundo, il avait bien senti une ouverture prometteuse dans cette charmante rousse aux courbes avantageuses. "Peut-être aurais-je dû lui demander de vérifier la qualité du latex avec elle" songea-t-il en allumant sa Gitane sans filtre.
 

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Ce deuxième jour en Birmanie comportait un safari-papillons à dos d'éléphant. Tel un chef d'orchestre, le cornac au turban rouge cingla l'air moite de sa baguette de bambou, émasculant au passage deux mouches tsé-tsé malencontreusement dans sa trajectoire. Alors, chaque éléphant se leva lourdement et la file indienne pachydermique (mais presque) se mit en branle dans un ralenti presque irréel. Perché sur sa monture, Grenier se laissait bercer par le roulis animal tout en tirant avec nonchalance sur un cône aux épices locales. Seul ce bon joint lui rendait supportable les agressions incessantes des moustiques ainsi que l'étouffante humidité de la jungle. Les divagations de ses pensées le ramenèrent au souvenir frais de la fresque Pyu et cette étrange croyance tribale et tri-balle (aaah, facile).
 

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Riton était de plus en plus satisfait de son affaire: il avait tiré les prix des capotes encore plus bas et la belle rousse encore plus fort. Mademoiselle Caruso, car c'était son doux nom, était une bombe au lit et lui, il avait la mèche. Dans son enthousiasme, le mac ne remarqua même pas la réaction de méfiance de sa conquête lorsqu'il lui avait raconté sur l'oreiller les expériences auxquelles se livraient ses 3 employées.
 

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Un bruit sourd sortit le commissaire de ses pensées. Un sac avait dû se décrocher du mastodonte et choir sur le tapis végétal. Un rapide coup d'oeil lui démontra cependant le contraire: appareil-photo, rations d'eau et de nourriture et filet à papillons étaient toujours solidement harnachés aux flancs rebondis de sa monture. Grenier ne put s'empêcher de pouffer de rire lorsqu'il réalisa que c'était la rencontre avec le sol de 5 kilos de matière fécale lâchée de presque deux mètres qui l'avait sorti de sa léthargie. Le pachyderme précédant le sien avait en effet évacué les restes du repas de la veille. Pourtant, son rire s'étouffa vite dans un bruit de chasse d'eau défectueuse: une perle flottait courageusement au milieu de ce magma excrémentiel. "Nom d'une bite au cul" s'écria-t-il avec une certaine retenue dans le verbe, "je crois que j'ai trop chargé le chichon; la gandja birmane, c'est pas pour les fillettes !". Néanmoins, après avoir recouvré toute sa lucidité, il se pencha vers cette cerise sur le gâteau de bouse: pas de doute possible, il s'agissait bel et bien de la même perle que celle représentée sur les fresques. Alors Grenier, prenant son courage et le filet à papillons à deux mains plongea ce dernier en direction de la perle. L'impact mou lui indiqua qu'il avait atteint sa cible. D'un coup de poignet, il ramena sa prise à sa hauteur. "Putain, va falloir foutre maintenant les doigts dans la merde" lâcha-t-il car il ne perdait jamais l'occasion d'étaler ses talents de poète.
 

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Le Mandarin resta dubitatif. Aux dires de ses clients, la prostituée Maï Thuaï Hua n'avait pas la langue dans sa poche, au sens propre comme au figuré. Son récit détaillé sur la découverte de Grenier avait éveillé la curiosité du Gros Homme tout comme sa cupidité. "Dommage qu'elle ait mis ce minable de Riton au courant et qu'un flic soit aussi de la partie". Le visage du Maousse s'éclaira d'un sourire cruel: "un accident est si vite arrivé: il fait sombre près des quais et les balles se perdent facilement dans le noir…".
 

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De retour au bercail, Grenier n'avait qu'une idée en tête: vérifier l'efficacité de la fameuse perle N'y avait-il pas là un filon à exploiter et qui gonflerait son salaire de misère ? Son plan était déjà tout tracé. Il ne pouvait faire office lui-même de cobaye: comme l'auraient attesté certaines putes qui faisaient plus que l'informer, la vigueur du commissaire n'avait rien à envier à l'obélisque de la place Vendôme. D'ailleurs, ses amies du trottoir lui seraient très utiles pour tester sur leurs clients les vertus verticales de la perle.
 

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Mademoiselle Caruso n'avait pu cacher son émoi face au proxénète naïf. Alors que le Viagra arrivait sur le marché et que son père détenait l'exclusivité de la production, voilà qu'une perle miracle toute droit sortie d'élucubrations mythologiques et du trou de balle d'un éléphant menaçait de faire de l'ombre à ses activités lucratives. Il fallait absolument en savoir plus, coûte que coûte.
 

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En recevant les trois filles de joie dans son bureau, le commissaire Grenier avait un mauvais pressentiment. Il venait d'épuiser son stock d'herbes birmanes et cette pénurie le mettait sur les nerfs. De plus, la pute Maï Thuaï Hua avait lâché le morceau au tout Lyon et un client avait soi-disant volé la précieuse perle. Adieu perle, herbe, réputation et argent facile… Une violente crise d'angoisse due tant au manque qu'à la déception le saisit subitement et c'était bien la première fois que cela se produisait. "Décidément la gandja birmane, c'est pas pour les fillettes" se remémora-t-il dans un état second en vidant son revolver sur les prostiputes pétrifiées.
 

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Et Larick concluait son brillant article ainsi: "Mais qui a la perle de Grenier ?", "qui sont les commanditaires des assassinats ?", "le Viagra a-t-il vraiment trouvé un maître ?", "Varland arrivera-t-il à battre Ronnaf à Arkanoïd ?", "enfin, l'éléphant du zoo perlera-t-il, à l'instar de l'huître, comme la sueur sur mon front à force de chercher désespérément une conclusion à cet article ?". Là sont les questions, comme disait le bourreau au supplicié en entrant dans la salle des tortures.
 
RP
 
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