La Pomme - Fin
 
Après le premier à-coup, les valeurs s’étaient remise à diverger, preuve de la présence d’une asymptote dans son modèle. Les valeurs sortirent du champ mathématique du modèle de simulation :

0112 / 0124 / 0132 / 0156 / 0195 / 0227

0291 / 0380 / 0518 / 0895 / 1121 / 3844

7865 / 10115 / 38045 / 187093 / 8923654 / 95482123

1.58 E9 / 3.67 E13 / 4.78 E.25 / Out / Out / Out

Out / Out / Out / Out / Out / Out

La présence d’une telle divergence étonna Julien. Le dernier incident de ce type remontait à assez loin, dans les débuts du projet, quand les erreurs de programmation du simulateur entraînait la rupture de l’arbre de décision. Thierry appelait ça le syndrome du bûcheron : toute une branche de l’arbre de décision était arrêtée net, le simulateur se bloquait et ne calculait plus aucune valeur cohérente dans cette branche. Un peu comme si tout un monde dépendant d’une décision avait brutalement disparu dans les limbes d’un modèle informatique imparfait. Quelquefois, le problème avait été simplement électrique : Julien fit le tour de sa console, mais ne remarqua rien d’autre qu’un fil d’écran un peu fatigué. L’ordinateur semblait fonctionner correctement.

La présence de ce syndrome signifiait que son modèle de prédiction, qui avait jusque là l’air de produire des choix cohérents, venait de se casser la gueule en aboutissant à des valeurs incompatibles avec un quelconque sens dans son exemple de clone. Comme si le programme avait cessé net de prendre des décisions. Cela pouvait signifier que ses fonctions étaient divergentes au delà d’un certain point et donc qu’il fallait affiner leur étude ; ou pire, cela pouvait être un indice tendant à démontrer que la modélisation était impossible, et donc que Thierry avait raison.

Julien leva les yeux vers l’horloge digitale de la salle des machines, qui marquait 22:32. Il hésita à partir, mais revint à son simulateur. Il lui fallait trouver la raison de cette divergence. Il examina la courbe temporelle établissant la relation entre les décisions prises dans l’arbre et le temps réel (il avait établi cette courbe en fonction des facteurs psychologiques apportés par Thierry, pour compenser la rapidité de l’ordinateur). La dernière décision était datée à 22:37, la divergence avait pris 8 secondes, puis plus rien. Incompréhensible.

Il soupira, regarda de nouveau l’horloge qui marquait 22:36. Il termina le programme et tendit la main vers l’interrupteur de la console.

Il s’électrocuta net sur le fil dénudé de l’écran.


 
AVERTISSEMENT

« La seule histoire véritable de Julien est celle que vous venez de lire. Revenir en arrière pour opérer d’autres choix pourrait vous faire changer instantanément de branche dans votre arbre de décision personnel, avec des conséquences dangereuses pour votre environnement. »

 
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