Carrés Poétiques
 
Le petit exercice du Carré Poétique est une dérivée limitée de l'exercice mathématique du carré magique. Dans le carré magique, on trouve le même nombre pour la somme d'une colonne, d'une ligne ou d'une diagonale. Plus modestement, notre carré poétique propose une lecture cohérente dans deux sens différents, horizontal et vertical. Il est également vrai que notre carré poétique n'est souvent pas carré, mais rectangulaire. Chacun des mots contenu dans les cases du carré est interprété de deux manières, puisqu'il appartient à deux phrases : les utilisations de parties de mots sont autorisées (c'est à dire qu'un mot peut être à la fois un mot à part entière dans un sens et une simple syllabe dans l'autre sens), les accords sont faits en fonction du sens de la phrase (mais la différenciation est soulignée dans le carré) et la ponctuation est ajoutée hors du carré.
 

 
Sou(s) mise(s) la vague
l'eau la mer la(e)
froide table du festin
est de varech vert
 
Soumises la vague, l'eau, la mer,
La froide table du festin est de varech vert
Sous l'eau froide est mise la table de la mer
Du varech vague le festin vert.
 

 
Je nage la vague(s)
roule comme moi m'éclabousse
en un (s)son de
cet(te) écho de sel
 
Je nage ; la vague roule comme moi, m'éclabousse
En un son de cet écho de sel
Je roule en cette nage comme un écho
La moisson de vagues m'éclabousse de sel.
 

 
Ton corps ce tabernacle ce
corps de plaisir ouvert palais
de velours partagé monde de
miel et ce sombre sel
sur le trouble chemin et
mon cri au vers eau(o)
 
Ton corps ce tabernacle, ce corps de plaisir ouvert
Palais de velours partagé, monde de miel
Et ce sombre sel sur le trouble chemin
Et mon cri au verso
Ton corps de miel sur mon corps de velours
Et le cri, ce plaisir partagé, ce trouble au tabernacle ouvert
Monde sombre, chemin vers ce palais de sel et eau.
 

 
Ce parfum sur ta main
souvenir d'une anné(e) fragile si
ténu(e) légère comme essence pure
flottant (e)au gré(e) et repose(e)
comme le men(t) songe sous
le souffle de ta (ta) bouche
 
Ce parfum sur ta main, souvenir d'une année fragile,
Si ténue, légère comme essence pure flottant au gré,
Et reposée comme le mensonge sous le souffle de ta bouche.
Ce souvenir ténu flottant comme le parfum d'une légère eau,
Le souffle suranné comme gréement de ta fragile essence
Et songe ta main si pure, repose sous ta bouche.
 

 
Je suis ton regard vers ma main tu
fuis mon contact et ma main reste posée(es)
sur tes(é) sein(s) sur prise figée coite dans
le vague contre ta peau froide et mon
rêve inconnu ma poitrine de fer mon coeur
au(x) [abor] paume(és) coule ce [mé(tre)] corps au(x)
loin des soupirs le ciel troublé(e) sans contours
je songe(s) à ce temps enfui où ma joie éclatait(és)
 
Je suis ton regard vers ma main ;
Tu fuis mon contact et ma main reste posée sur tes seins,
Surprise, figée, coite dans le vague contre ta peau froide,
Et mon rêve inconnu, ma poitrine de fer, mon coeur aux abords paumés,
Coule ce maître corps au loin des soupirs, le ciel troublé sans contours ;
Je songe à ce temps enfui où ma joie éclatait.
Je fuis sur le rêve, au loin je suis monté, vague inconnu, à bord des songes
Ton contact, sein contre ma paume, soupirs à ce regard,
Et sur ta poitrine coule le temps vers ma prise.
Peau de ce ciel enfui, ma main figée, ridée, fermée,
Trouble où ma main reste coite et mon corps sans joie,
Tu poses dans mon coeur aux contours éclatés.
 

Note
L'utilisation du Carré Poétique me semble particulièrement plus facile avec la poésie des émotions intimes parce qu'en reprenant les mêmes mots avec des phrases différentes dans deux strophes contiguës, il se crée une résonance, un léger déséquilibre renforcé par les adjectifs toujours différents qui accompagnent un même mot. Les vers résultant de cet artifice sont nécessairement empreints d'un style usant largement de la superposition et de la juxtaposition (résultat des contraintes) et des élisions : d'où une tonalité mystérieuse plus apte à peindre les divagations des pensées intimes que le chant clair d'une déclamation (par exemple).
 
S.
 
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