Le Double Oubli
 
Pour écrire ce texte, je me suis obligé à oublier deux lettres de l'alphabet, deux lettres choisies et accusées pour la mauvaise habitude qu'a le parti politique des imbéciles de les accoler. Comme il se doit, il y a peu de valeur sémiotique à accorder à ces lettres elles-mêmes ; chaque lettre reste après tout ce symbole graphique plus dépourvu de valeur à première vue que par exemple l'idéogramme (ou le hiéroglyphe). Pas de coupables parmi les lettres ! Mais c'est lorsque l'imbécile se permet de les crier à la suite (le cri semble être le vecteur le plus utilisé par ces hordes de lourdauds aux têtes vides) et avec l'ordre adéquat (ce qui est aussi malaisé à ces rustres, car l'ordre alphabétique leur pose des problèmes) que le malaise apparaît. La douleur martèle mes tempes lorsque jaillit le cri de la stupidité !

Chaque supporter de ces idées vaseuses a ses propres phobies. La plupart du temps, il possède peu des qualités qu'il met au-dessus de tout. Celui qui accuse l'Autre -vague, mais à coup sûr pas du même pays- oublie vite ses aïeux immigrés. Celui qui désespère de sa propre médiocrité trouve plus de simplicité à haïr qu'à s'améliorer. Le passé importe guère à ces demeurés obtus : l'oubli est l'excuse de ces imbéciles. Ce même bigot stupide qui parle de crime pour le curetage sous le couvert du respect de la vie, est adepte et zélateur de la mort étatique des meurtriers. Ce même patriote qui chérit l'héroïsme de ses morts clame l'amour de la paix, mais voit sa patrie au-dessus des autres pays et proclame sa supériorité.

L'observateur le plus aveugle voit du premier coup d'oeil le peu de machiavélisme qui agite ces laissés-pour-compte de l'esprit. La peur paralyse leurs cerveaux, la peur de perdre leurs ridicules petits avoirs, la peur de devoir sortir des territoires sociaux déjà explorés où la pseudo-sécurité leur paraît assurée. La peur que cet autre assez vague ait quelque chose de mieux qu'eux. Mais aussi le désir de pouvoir posséder ou "d'avoir droit à" par le seul mérite de leurs qualités, persuadés de tirer de leurs terroirs ce qui les sépare et les place au-dessus des autres.

J'ai de la pitié pour eux. Pour celui qui est issu du moule du milieu social qui le pousse à mal agir. Pour celui qui croit agir libre et qui agit sous l'emprise de la peur ou de la stupidité. Pour celui qui laisse ses peurs déborder et emporter les digues de l'esprit critique qui, seul, lui permettrait de pouvoir réagir avec mesure. L’orateur des piètres messes tricolores te pousse à croire au complot qui vise à te détruire : le malheur qui te tombe dessus est alors plus aisé à attribuer au complot des traîtres qu’à ta propre médiocrité. Pauvre victime : tu te crois trompé par tous, mais seul le plus proche de tes amis t'utilise ; tu existes si peu pour celui que tu crois être la cause de tes malheurs. Peur, égoïsme, culture appauvrie, voilà ce qui te lie à ta crasse tricolore.

Mais pas de pitié pour les leaders de ce parti. Chaque cacique agit avec l'espoir de tirer la couverture à lui, et utilise les hommes qu'il a embrigadés. Il sait qu'il leur ôte toute velléité de pouvoir vivre leur vie : il crée la peur qui exacerbe les idées simples de ces imbéciles. Il les humilie, puis accuse les autres d'humilier ses amis, de chercher à les brimer. Il les empêche d'utiliser leur esprit et proscrit la culture. Il les hait plus que les autres parce qu’il les méprise, mais aussi parce qu'il a peur d'eux. Il poursuit des buts qu'il croit secrets : il recherche le pouvoir pour le simple goût du pouvoir, et pour le misérable surplus d'ego que cela lui procure. La malepeste soit de ce stupide bravache, de cet égoïste salaud.

Je voudrais pour ultime gageure me permettre d'utiliser les deux lettres proscrites pour le mot que je voudrais appliquer à ces idées obtuses, à ce parti stupide, à ces salauds machiavéliques, c'est à dire pour le mot de la...

 
FiN
 
PmM
 
Oh Oui ! vos réactions Ah Non !
Voir les autres textes de cet auteur - Envoyer ce texte à un ami
KaFkaïens Magazine - Tous droits réservés