Métissage
 
C'était, je pense, d'abord une question de soleil : du blanc laiteux à l'or plombé du sud. Mais bien sûr, lorsque j'y réfléchis, il ne m’a pas fallu beaucoup d’années pour dépasser sans mentir les grilles du jardin. C’est vrai, je n’ai pas toujours été très délicat, mais que retenir de moi si ce n’est l’image colorée du boute-en-train ?

Après tout, mes histoires ne sont que le reflet de ce que vous voulez voir en moi : je ne suis que le lecteur à haute voix de vos envies les plus grossières, voire les plus raffinées. Et puis ces voyages, à qui ne convenaient-ils pas ? Aux deux-trois malheureux persuadés d’avoir été enlevé de force ? Vous m’avez pourtant toujours montré du doigt les pays que vous rêviez de connaître. J’ai toujours inventé mille choses –il faut bien vivre en société- mais toujours pour un seul instant, cette manie ne survivant pas au souvenir. Amuseur d’instant, et après ? Que celui qui n’a jamais voulu s’approcher de la grande qualité du mensonge se taise : il est perdu dans la douleur de la sincérité, cloué sur l’arbre du mérite.

J’appelle un grand mélange, un métissage de nos cerveaux et de nos langages. C’est au moins ça de gagné pour la prochaine fois. C’est la grande vertu du texte de n’être qu’un tissu de mensonges.

  J’ai parfois l’impression que le texte n’est qu’une couverture qui nous empêche d’être tout à fait nu devant nos contemporains. Texte ou autre chose, d’ailleurs. Quelques os de plus ou de moins dans le champ de vision de mes contemporains, quelle importance ?

D’abord, ça me regarde. Je n’ai même pas à vous expliquer mes vertus. Et puis si ça peut amuser certains de me voir inlassablement démonter, à la fin d’une représentation, le petit chapiteau multicolore qui me sert de scène, pourquoi pas? Comme le disait je ne sais plus qui, c’est toujours ça de gagné. Après tout, le seul gagnant, c’est moi, peut-être pas l’image qu’on se fait de moi mais moi, au moins j’ai la satisfaction de vous voir bouche bée pour quelques instants, avant que le dur mépris réel vous rassure : tout ceci n’est qu’une farce. Quant à ceux qui me lisent sans jamais avoir eu affaire à moi, qu’ils se rassurent : je vais très bien.
J’ai juste un petit problème avec l’essentiel de ce que les gens pensent de moi. Je n’arrive pas à comprendre comment on peut être aussi sérieux avec quelques arrangements plus ou moins durables, en tout cas certainement pas très graves.

Les gens qui cherchent à démêler le vrai du faux se trompent d’honnêteté.

EM
 
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