Epopée
 
Footballeur mon ami, au crâne qui résonne
Comme une corne de brume dans un stade désert
Comme les cris de haine dont ma gorge frissonne
Comme le cri déçu du fervent supporter.

Quand le ballon rapide file au-delà des buts,
Vers le néant abscons des occasions manquées
Je vois dans ton oeil trouble la colère fourbue
Du boeuf que l'on houspille parce qu'il s'est dérobé.

Gare à toi si tu perds du public la confiance
Ton manager déjà te regarde bizarre
Estimant d'un coup d'oeil la forte récompense
Que lui vaudra le fait de te mettre au rencard

Ton avenir se joue au coeur de chaque action
Il faut que tu te montres, que tu coures sans fin,
Que tu stoppes un joueur à grands coups de crampons
Pour que l'on s'extasie devant ton coup de reins.

Pour survivre il te faut user de toutes ruses
Ecarter les gêneurs et supprimer les vieux
Un joueur de football vous comprenez ça s'use
Comme l'honnêteté d'un arbitre véreux

Du gamin que tu fus, tu gardes l'habitude
Des désirs égoïstes, et des calculs vicieux
Dans un monde pourri où les autres sont rudes
Mieux vaut garder la forme et produire du jeu.

Tu t'écroules en fanfare face au goal qui jaillit
Tu te jettes en roulade au moindre frôlement
Tu hurles de douleur sur les tacles ennemis
Comme l'a dit le coach, faut chercher le coup franc.

Pauvre bête traquée sur le terrain de jeu
Poursuivie par la meute de joueurs enragés
Entre argent et argent, tu abdiques peu à peu
Ce qui fut un plaisir aux dogmes du marché.

As-tu seulement compris que tu es marchandise
Vulgaire packaging, un produit dérivé ?
Malgré tes airs rusés, malgré ta roublardise,
Les marchands ont ravi ta part d'humanité.

Pauvre athlète dopé comme un veau d'élevage,
Les maquignons madrés s'arracheront ta chair
Fais jouer tes muscles durs sur les vastes herbages
Pour que ta côte monte dans les ventes aux enchères !

 
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