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| Mon cher fauteuil, roi de ma salle à manger, que
j'aime ton velours brun. Que j'aime tes accoudoirs molletonnés si élastiques sous mes bras (à moins
que ce ne soit le chat), que j'aime ton enivrante profondeur et la douce chaleur du feu qui me dore
les pieds, tandis qu'un cocktail délicat me réchauffe le coeur (Screwdriver : deux parts
de jus d'orange frais pour une de vodka, un trait de jus de citron et un trait de cointreau. Une rondelle
d'orange pour la décoration). Dégustation d'ouvrages... |
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| Rosa Blanca et
La révolte des pendus de B. Traven - 10x18 |
| Traven a déjà beaucoup de lecteurs. Entouré de
mystères, la vie de cette homme est fascinante mais il rappelait lui-même "qu'un écrivain ne
doit pas avoir d'autre biographie que ses livres." Très populaire, donc, sauf pour moi, qui n'en
n'avait jamais entendu parler il y a à peine un mois. A ce stade de mon petit texte, ceux d'entre
vous qui connaissent sont sans doute navrés de mon inculture -à ma décharge, je souhaiterais souligner
que j'ai été élevé par des parents qui possèdent un basset, c'est dire le degré d'incommunicabilité
qui règne chez moi-, les autres -qui ont sans doute eu également affaire à ce curieux mélange de teckel
et de varan que constitue le basset- lisez bien ce qui va suivre.
Un livre de Traven est un livre rare. Un excellent
livre. Un livre qui d'une manière ou d'une autre influencera votre moral pendant de semaines.
Il décrit une réalité donnée, en l'occurrence le système latifundiste mexicain et l'influence
des compagnies pétrolières américaines au milieu du siècle, situation révoltante s'il en est.
Il décrit et ce sans prendre partie : loin de toute envolée, il laisse l'injustice se dévoiler
elle-même en analysant froidement les raisons d'agir de chaque personnage, de l'indien exploité
à la maîtresse du président de la Condor Oil Company. Si cet homme avait un basset, Traven nous
expliquerait en quoi cela pourrait influencer son maître. Il réussit le tour de force de, sans
être pessimiste ni optimiste, surtout pas manichéen, de faire passer un courage révolutionnaire
à partir d'une situation, d'une histoire comme il y a en a eu sans doute des milliers, voire plus
et que, croyez-moi, c'est pas prêt de s'arrêter. C'est cette simplicité froide qui rend le texte
si attachant et c'est ce refus du compromis, d'une certaine tendresse envers ses personnages qui
leur donne tout leur poids. On ne met pas un instant en doute ce que Traven nous raconte : ses
livres sont trop honnêtes dans leurs raisons mêmes d'exister.
J'ai à côté de moi La charrette, Le
trésor de la Sierra Madre et Le vaisseau des morts, je vous dirai ce que j'en pense
la prochaine fois mais je vous les conseille déjà, tout comme l'excellent Apprenez à dire "non"
à votre basset de A. Whipple.
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| EM |
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| Eclipse
totale de John Brunner - Livre de Poche |
| La rencontre d'extraterrestres est un thème majeur
de la science-fiction, décliné en une multitude de sous-thèmes mettant en jeu les rencontres de tout
type, de toutes époques et permettant toutes les variétés de situations. La rencontre d'extraterrestres
constitue également un thème qui permet d'explorer une multitude de domaines généraux propres à la
littérature ; l'exploitation littéraire de la découverte (dans un sens général) et de l'exploration
est revivifiée par la mise en situation extraterrestre.
Dans le livre de John Brunner, une équipe humaine
est envoyée en mission sur une planète lointaine pour inventorier les vestiges d'une civilisation
disparue. Pas de rencontre grandiose en Technicolor, pas de lasers fusant dans l'espace :
seulement une poignée d'hommes effectuant un travail d'investigation sur une planète aride. Et
cela se révèle passionnant : pas pour la civilisation extraterrestre découverte, mais pour le
plaisir de la quête, un petit exercice littéraire de cet élan qui vous a sans doute poussé un
jour à tamiser des graviers dans une rivière ou à chercher des champignons dans les sous-bois.
A partir de là, le résultat des recherches n'a
pas vraiment grande importance : ce qui est arrivé à la civilisation disparue des Draconiens importe
peu en regard de la manière dont les archéologues le découvre, en regard du plaisir de la découverte
proprement dit. La toile de fond humaine du livre -le retour hypothétique du vaisseau, les conflits
de la politique terrestre...- sont des contrepoints à la recherche menée sur la planète, des sortes
de recherches parallèles de l'homme sur lui-même.
La fin, bien que prévisible, est poignante,
ce qui n'excuse pas quelques passages médiocres comme la conclusion de l'enquête du général ou
certains moments de la relation entre les deux personnages principaux. En fin de compte, on prend
un grand plaisir à retrouver tout l'intérêt des fictions paléo-scientifiques, comme celles contenues
dans la Bibliothèque de David Brin.
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| PmM |
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| Joie de Luis de Miranda - Le temps des Cerises Editions |
Luis de Miranda est un jeune écrivain (25-27 ans
à vue de nez). Il publie son premier roman Joie . Lors d'une séance de dédicaces, il m'a
confié avoir pensé à Auster, Eco et Kundera. Et c'est vrai. Le thème tout d'abord : une société secrète
perpétue les préceptes de philosophes (réels) oubliés depuis l'antiquité. Ça sent le Pendule de
Foucault. Heureusement, Joie est plus lisible que le roman hyper cultivé d'Umberto Eco.
Comme Auster , Luis de Miranda a compris le processus qui conduit un homme à s'enfermer dans un monde
intérieur, à refuser le bonheur que les autres lui proposent. La touche Kundera est là aussi, plus
diffuse peut-être, dans un style qui passe de la narration à la poésie et à l'explication philosophique.
La littérature a besoin de sang neuf, et je suis persuadé que nous sommes dans une époque de synthèse.
Des oeuvres comme Joie réussissent à marier harmonieusement récit, poésie et réflexion. |
| LN |
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| Tierra d'El Fuego et El Guanaco
de Francisco Coloane |
| Ces deux livres ont été écrits par un chilien de
l'île de Chiloe, dont la stature et la qualité de l'écriture ont promu écrivain officiel de la Patagonie.
Cette région du monde possède une dimension mythique incontournable qui fait d'elle une terre de voyages,
à proprement parler. Si beaucoup d'entre nous associe la Patagonie et l'ailleurs, le bout du monde
ou ce que vous voudrez, c'est sans doute d'une part à cause de son éloignement radical et d'une autre
des récits de voyages ou d'exploration qui peuplent nos mémoires. Qui a lu Un flâneur en Patagonie
de Hudson ou El Fin d'El mundo de Sepulveda ne peut s'empêcher de concevoir ce pays comme un
gigantesque Disneyland pour routards.
Le mérite de Coloane est de restituer une parole
aux propres habitants de cette région dont il fait lui-même partie. Les petite villes on ne peut
plus solitaires, les joyeux gauchos dans la pampa et les fabuleux indiens Ona, quasiment tous
massacrés avant l'ouverture du parc. Cette vision de l'intérieur offre une dimension nouvelle,
mythique elle aussi mais pour d'autres raisons, à la Patagonie et à la Terre de Feu, son prolongement
austral. En incluant les légendes et récits des premiers habitants, Coloane leur rend une parole
qui leur avait été confisquée par les explorateurs et les voyageurs dans une intention cependant
louable, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit. Et c'est précisément ce qui donne au texte
un grand intérêt avec l'incroyable écriture de l'auteur. Je ne vais pas vous faire le coup de
la rudesse de cette terre et de l'âpreté des hommes et du climat qui s'exprime de façon formidable
dans cette langue qu'on pourrait croire grossière mais qui révèle des qualités de souplesse et
de tranchant parfaitement adaptées à la réalité qu'elle décrit, sans doute parce qu'elle en est
directement issue, mais bon je vous le fais quand même.
Amis des voyages, il faut lire ces romans car
il vous font comprendre ce que vous allez voir. Amis de la littérature, il faut lire Coloane car
c'est un grand écrivain qui sait raconter des choses extraordinaires avec une manière d'une simplicité
rare. Seul problème, c'est très cher mais que ferions-nous sans les bibliothèques?
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| EM |
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| La Première Gorgée de bière de
Philippe Delerm, Gallimard |
| Un best-seller a-t-il sa place dans cette rubrique
? Je le crois. Mais à condition de ne pas parler du livre lui-même. Tout le monde en a entendu parler,
beaucoup d'entre vous l'ont lu, ou l'ont reçu à Noël. Je m'adresse alors à cette dernière catégorie.
Je vous propose une manière de lire ce petit livre. Chaque soir, sous la couette, l'élu(e(s !)) de
votre coeur à vos côtés, ouvrez le livre à un nouveau chapitre. Et lisez à haute voix. Les chapitres
ne font que deux pages. Cela prend quelques minutes. Lisez-le lentement comme un bon plat que l'on
savoure. Lisez-le chapitre par chapitre, à petites gorgées. Savourez-le et surtout parlez-en après.
Il est trop rare d'échanger des réflexions sur une lecture. Le roman est une lecture trop personnelle,
asociale, (tais -toi, je lis !). La Première Gorgée de bière est l'un des seuls livres que l'on peut
lire à deux. Et on s'endort le sourire aux lèvres et la salive à la bouche. |
| LN |
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| Le Monde Diplomatique
CD-ROM - Cedrom-sni |
| Les lecteurs du Monde Diplomatique peuvent désormais
retrouver l'ensemble des textes de leur mensuel favori sur un CD-ROM, pour la période 1987-1997. Dix
années de journalisme et d'intelligence sur une petite galette de plastique. L'intérêt fondamental
de ce support (outre son encombrement réduit) tient à la possibilité d'effectuer des recherches avec
des critères précis (le nom de l'auteur, le titre d'un article) ou vagues (un simple mot) sur l'ensemble
ou sur une partie des textes ou des références d'articles. Idéal pour trouver l'ensemble des articles
parlant de l'Argentine, par exemple, mais également pour analyser la fréquence de répétition des mots
"régime autoritaire" et "dictature" (la réponse à cette question est déprimante).
L'interface utilisée pour la lecture des textes est sobre mais efficace : la taille et la couleur
d'affichage des caractères peuvent être modifiées. Depuis que la lecture sur écran n'est plus une
utopie (vous n'avez pas encore lu de romans sur écran ? Rendez-vous à la Bibliothèque Universelle
http://cedric.cnam.fr/ABU/), l'utilisation de tels thesaurus ne peut que se systématiser. La capacité des CD-ROMs permet le stockage
de masses formidables d'informations : les encyclopédies, les archives de journaux sont désormais
monnaie courante, et il reste la place pour de nouveaux types de contenu, qu'ils soient applications
directes des nouvelles technologies (jeu découverte multimédia par exemple) ou application de ces
technologies aux méthodes classiques de compilation de documents (recherches informatisées sur une
bibliothèque virtuelle). Imaginez par exemple toutes les oeuvres d'un auteur sur un CD-ROM, accompagnées
de toutes les critiques écrites sur ces oeuvres, des critiques des critiques, des correspondances,
des bibliographies et des oeuvres citées dedans, le tout relié par des liens hypertextuels...
L'idée aurait sans aucun doute enthousiasmé Jorge Luis Borges : la bibliothèque dans un CD-ROM hexagonal
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| PmM |
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