| Pourquoi, pourquoi, petite musique riante, n'arrives-tu
plus à emporter mon coeur. Pourquoi mon crâne est-il si douloureux ! Pourquoi mes pensées vagabondent-elles
aux quatre coins du monde, incapables de se fixer dans l'attente du moment, précis et joyeux, où je
m'endormirai pour de bon, la pensée vaincue, dans les bras d'un homme. Ma volonté n'est que faiblesse
devant l'ampleur de la tâche et je songe aux millions et milliards d'êtres qui vivent et que je n'atteindrai
jamais alors que je suis là, sage, dans mon bureau écrasé de plafond. J'entends les accords du piano
qui m'entraînent, me disent que la liberté existe, qu'il suffit de s'y jeter comme dans un grand lac
et que sera engloutie la vie entière pour y renaître dans un éclat d'eau fracassant, et soudain, du
noyé qui respire enfin à travers sa force.
Ca me prend parfois tout soudain cette envie
de sauvage, de cri, de terreur, d'hurlement, de terre, de saleté et nature et là je sens que je
me trouve au fin fond de la forêt au milieu des arbres, mes cheveux sont ravagés, plein de terre,
emmêlés et j'ai les pieds nus dans la terre qui s'enfoncent dans la boue et je racle la paume
de mes mains sur l'écorce chaude des arbres et je presse mes cheveux dans leurs feuillages et
ça me tire, j'ai mal j'arrache tout et les feuilles couvrent ma tête d'un peu de vert. Et je ris,
mon dieu, je rigole tellement fort !
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