La technique peut-elle créer du sens ?
 
Il y a trois mois, nous sommes partis de la littérature (Borges encore et toujours !) pour tirer quelques idées applicables à la technique (l'informatique encore et toujours !). A partir des relations entre différents textes, nous sommes arrivés à la notion de liens multiples, extension naturelle et probable de l'hypertexte. La réalisation de ces liens multiples se fait attendre, mais, promis, vous l'aurez dans le prochain numéro.
Eh bien, aujourd'hui, nous allons faire l'inverse. A partir d'une expérimentation technique (java), nous allons tenter de tirer quelques idées sur la littérature, l'écriture, la sémiotique...

Notre Atelier de Pièces Détachées pour Oeuvres de Fiction Littéraire présente dans ce numéro un poème mouvant réalisé en java. Si vous ne l'avez pas vu, tant pis pour vous, je n'en expliquerai pas le principe à nouveau (on est dans le monde de l'hypertexte, que diable ! Il y est impensable de se répéter !).
Au cas où vous ne l'auriez pas remarqué, le thème de ce poème est « choisir, c'est tuer ». Je le concède, des mots intrus ont été malicieusement placés dans le poème pour faire diversion et (surtout) pour faire rigoler ses auteurs. Mais le thème n'est pas fortuit. On peut le comprendre ainsi (mais c'est réducteur, puisque que c'est un choix!) : « choisir des mots, c'est tuer du sens », Je pourrais décliner cette phrase en remplaçant « mots » et « sens » par d'autres termes, mais le poème est là pour ça, et le fait mieux, Une fois le thème trouvé (ou choisi), le poème est composé autour. Les mots sont sélectionnés de façon à illustrer ce thème de la manière la plus large possible.
Ce poème sur le choix se caractérise par l'absence de choix que perrnet la technique. Le poème occupe donc une position méta, puisqu'il illustre par l'exemple le thème dont il traite.

Quelle est l'impression générale qui se dégage à la lecture de ce poème ? Ce n'est sans doute pas les trente milliards d'impressions prises séparément. C'est pour cela que l'on ne peut pas vraiment parler de lire ce poème. Non, je crois que le sens du poème, s'il y en a un, c'est la réunion des sens des trente milliards de combinaisons. Et ce sens est unique, au même titre que le poème en lui-même l'est. Son sens est un, mais il est élargi, ouvert. Je renvoie encore une fois à L'Oeuvre ouverte d'Umberto Eco. Ies oeuvres ouvertes permettent des interprétations multiples, mais leur sens, lui, est unique, entier, insécable. Les oeuvres ouvertes se distinguent aussi par leur côté absurde, leur abord difficile et notre « poème »entre dans cette catégorie.
Cette technique. purement informatique de prime abord, permet d'ouvrir le sens d'un texte. Le choix des mots peut cesser d'être un problème pour 1 'écrivain : la technique lui permet de ne pas choisir. Je parle ici de l'obligation que l'on a de choisir un mot et un seul lorsqu'on écrit, alors que plusieurs nous viennent à l'esprit.
Inversement, il arrive souvent que les mots ne soient pas assez précis. Cette technique, ou une autre à définir, doit permettre aussi de resserrer le sens, de le préciser par la juxtaposition d'autres mots, de faire naître, non plus la réunion de toutes les significations, mais leur
intersection.

selon les cas. on peut arriver à ouvrir ou à fermer le langage, par le biais de la technique. Et ça,je crois que ça ouvre des horizons à notre façon de concevoir le langage et l'acte d'écrire.
Non ?

 
LN
 
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