Oasis
 
OASIS
 
Hors l'oasis coupée du vent
Sur le désert, entre deux arbres
Exhibant au pied des dunes
Leurs branches décharnées
Sous le ciseau blanc de la lune
Comme sculpté à vif dans le marbre
S'agite un cadavre presque vivant

Culminant soudain sa douleur
Le plie au rythme clair
Des lances de métal
Qui taraudent sa chair
Et immolent son coeur

Les larmes jaillissent amères
Et roulent sur le sable
Seule eau du désert

La souffrance souffle comme un zéphyr dément.
 
S.
*
 
Plume alerte sur le vent desséché du stylo parcourant la feuille en grattant
le rythme cigalien d'une mélopée de l'écriture, ou le vent affaibli
de la torsion sanguine du soleil de ma pensée sur le désert d'une page qui
lentement se peuple des ombres allongées de mes lettres formées à l'encre noire
de l'obscurité et des tréfonds mal éclairés de mes souvenirs.

L'encre des lettres d'obscurité allongées sous les boutoirs associés
du soleil rouge de ma pensée et du cri cigalien de la plume de mon stylo
est nécessairement noire et tranchante sur le désert régulièrement accrocheur
du papier immaculé.

Le papier composé de fibres agglomérées par le désir uni de paraître attachées
ne sait pas reproduire l'uniformité d'un matériau homogène et néammoins composé,
alors que l'encre tranquille et merveilleusement lisse
qui coule hors de ma plume rampante est parfaitement unie dans son désir
d'homogénéïté et m'apparait donc bien sympathique,
quoique évidemment opaque comme l'eau trouble de mes souvenirs.

Peut-être l'encre noire et insondable est-elle sympathique lorsqu'elle décrit
mes souvenirs parce qu'elle s'opacifie avec le temps,
par catalyse de l'oubli,
comme eux.

L'encre, le papier, la plume, mes souvenirs.
L'obscurité, le désert, les boutoirs associés du soleil rouge et du cri cigalien.

Métaphore : l'obscurité envahit le désert tandis que le soleil rouge se déplace.
Seuls les scorpions noirs osent encore bouger.
Noirs comme l'encre, mais clairs comme le soleil rouge,
mes souvenirs fluctuent avec ma plume (précis mais ignobles, clairs mais noirs).
Les lettres tracées, supports d'ignominie, empoisonnent
par la piqure aigue des aiguillons formés par leurs traits,
par les barbelures des hésitations de la plume sur le papier rugueux.
Les lettres tracent la continuité d'un fil aligné sur les marges,
barbelé par les sursauts des consonnes allongées et des tremblements de la plume.
Le fil dans le désert s'enfonce à la nuit,
ma plume passe à travers le papier quand les souvenirs se font trop lâches,
comme un fil qui se détend soudain,
libérant la chair qu'il avait retenu par embrochures multiples,
mais laissant au coeur des blessures les germes de la mort,
comme une impureté dans l'encre a bouché mon stylo.

 
S.
 
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