Nouvelle à suivre...
 
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" Tu vois, c’est pas plus difficile qu’Arkanoid! dit l’inspecteur Ronnaf. Mais mets bien ton pouce comme ça; sous ton doigt, sinon tu vas te bousiller la main.
- Quel niveau tu me donnes ?
- Level 2, maxi. T’arrêtes pas. "
4 heures du matin. C’est la nuit à Lyon. Il fait noir comme à l’intérieur d’une gorge qui bâille. Dans la ruelle silencieuse, l’inspecteur Ronnaf et l’inspecteur Varland sont en train de démolir un gars derrière un resto gris. L’enseigne en néon de " L’Eléphant blanc. Spécialités asiatiques " n’éclaire plus rien. Les deux péteurs de brique cartonnent un Birman, une petite frappe qui fut autrefois un des gardes du corps du Mandarin et un de ses hommes de confiance, tombé en disgrâce. Ils se le balançent de l’un vers l’autre.Ca fait comme une valse.

" Qu’est-ce tu fous? On dirait cette brèle d’Alan Ladd. Rentre-lui dedans avec élégance! Dis-toi que tu es Mitchum ou Robert Ryan.
- Qui ça? dit Varland.
- Cogne, soupire l’inspecteur Ronnaf. "

Varland envoie au Birman un énorme parpaing.
" Pan-dans-la-gueule " commente Ronnaf en souriant. " A moi "
L’inspecteur Ronnaf est un habitué. L’inspecteur Ronnaf tire une boîte au gars, il s’allume une cigarette, et balance encore sa grosse main fermée dans la gueule du Birman. Robert Ryan n’aurait pas fait mieux, pense Ronnaf.

" Bon, qu’est-ce que t’as à me raconter, grand con?
- Je sais rien, salauds. "
Repan dans la gueule.
" Moi, je sais que les putes travaillaient pour vous. " dit Ronnaf
- " Seulement Morgane. Morgane c’était pas son vrai nom.
- Ah bon, je m’en serais pas douté, Ducon.
- Oui, elle s’appelait Maï Thuaï Hua.
- C’est parce qu’elle s’est barrée chez Riton que vous l’avez buté. Et Grenier, il était à vous ? "
Ronnaf l’envoie danser par dessus les poubelles du resto qui s’éparpillent dans la rue sombre.
" ça pue ici. dit Varland
- C’est un " long nez " comme vous, un journaleux de mes deux, qui est venu fouiner. Il a trop bu et trop gerbé. dit le Birman
 

- On s’en fout, dit Ronnaf qui ne s’en foutait pas. Pourquoi ces meurtres?

La volée de poings dans la gueule recommence. Les péteurs de briques sont plus dans leur élément qu’avec des jeux d’arcane. La lune pointe derrière les toits mais se casse en vitesse comme pour aller le plus loin possible. Orageux, se dit-elle.

- C’est le Gros Homme. C’est le Mandarin. Il a fait venir un inconnu, un tueur, crie le Birman.
- Pourquoi ces meurtres? Tu commences à me les hacher menues. L’inspecteur Ronnaf a la tête toute proche de celle du Birman. Ce qui le fait loucher. La lune n’ose toujours pas sortir.
Le Birman hurle: "Elle savait. Les autres aussi. La Perle, l’oeil du Diable, comme dans la légende, dans le cul de l’éléphant... "

Puis, plus rien.Un hachoir est sorti en tournant d’une fenêtre noire du resto aux spécialités asiatiques et s’est planté entre les omoplates du gorille. Le gorille s’écroule, c’est la fin du ballet.

- Merde, le Samouraï est mort. dit Varland
- Sans blague! Tirons-nous.
Et les deux inspecteurs se tirent, avec plus de célérité que leurs silhouettes d’ours ne le laissaient prévoir. Dans la nuit.
" La lune ne s’est même pas levée. " dit Varland.

Comment avait dit Bernie Larick, déjà? " pas trés fin ". Non Ronnaf n’était pas trés fin mais pas si con non plus. Tout comme son pote Varland, guère plus fin mais meilleur à Arkanoid. Les deux péteurs de brique ne comprennent pas grand chose de toute manière à tout ce qui est moderne. Rien à rien. Tout juste les règles d’un jeu électronique. Ce sont deux pachydermes d’une autre époque, d’une autre guerre, mais déterminés, qui se rendent ce matin au zoo. Les inspecteurs vont voir les éléphants.
- T’aimes bien les éléphants? dit Ronnaf
- Non
- Pourquoi?
- C’est con, un éléphant.
- Pas si con, pas si con...
- En tout cas, compte pas sur moi pour regarder dans...
- Mais non.

10 heures du matin. Comme les bras d’une veuve, les grilles du zoo de Lyon s’ouvrent. Tout est brumeux. Un, deux, trois, quatre éléphants.
- Sale temps pour un flic, on se les gèle ici, dit l’inspecteur Ronnaf
- On se les gèle, dit Varland
- On se les gèle, dit Jean-Michel
- J’ai mal au crâne, dit Bernie Larick.

Ne sachant pas qu’il est épié, Jean-Michel, les poings dans son Bombers, étale du bout du pied, à travers la grille, les merdes des éléphants. C’est gros, un drop d’éléphant.

"Encore rien ce matin. Le Gros Homme ne va pas être content."

A suivre...

 
JH
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