La Geste du Cadre Virtuel
 
Lorsque je me réveille, bien avant le soleil,
En mon for intérieur une vraie joie m'inonde
Car c'est de mon cerveau de cadre sans pareil
Que sortent les idées qui font marcher le monde.

L'humanité entière se doit à notre élite
D'attirer des puissants toutes bénédictions
Et de récompenser nos immenses mérites
Par un respect servile et un compte en actions.

Le matin je prépare mon corps à l'exercice
Du pouvoir relatif et du respect des grands.
Un bol de céréales, jus de fruits et saucisses
M'assurent un oeil vif, un teint resplendissant.

Je revêts avec soin la tenue rituelle
Ma chemise à col blanc et mes larges bretelles
Mon costume deux pièces, ma cravate imprimée
Et mes chaussures anglaises soigneusement cirées

Pour finir d'endosser tout ce qui fait mon rôle
Je n'oublie pas de prendre les sémillants symboles
Qui sont les attributs du cadre respectable :
La serviette en cuir noir et bien sûr mon portable.

Au volant d'une auto, comme dans le métro,
Je promène alentour le poids de mon regard,
Je n'ai que du mépris pour le peuple hagard
Et que de la méfiance pour mes alter-ego.

Arrivant au bureau qui est mon apanage,
Je veux qu'on me salue de l'entrée à l'étage
Surtout les employés et mes subordonnés ;
Quant à mon supérieur, je lui paie un café.

Après être arrivé, je reprends mes dossiers,
Et tous les grands travaux que sans cesse on me donne.
D'un ton sec et tranchant, je rudoie et j'ordonne,
Et l'on doit m'obéir ou l'on se fait virer.

Ces tâches primordiales absorbent ma journée
Qui file en un éclair, et quand le soir s'en vient
Dans la tour silencieuse et les bureaux éteints,
Seule ma fenêtre est encore éclairée.

Chez moi je rentre tard, les enfants sont couchés
Qu'importe, j'ai terminé les synthèses, les dossiers,
Participant ainsi à l'oeuvre magnifique :
Le triomphe attendu du règne économique.

Je crois en l'avenir, je vois de vastes fresques,
Rendant grâce à l'argent, aux affaires, aux actions,
J'espère le succès des mondialisations,
Du bonheur monnayé pour tout le monde ou presque.

 
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