| |
« Les incertitudes
dHeisenberg (...) nentraînent aucunement une véritable
indétermination de la position et de létat de mouvement
du corpuscule» (Louis de Broglie, Nouvelles Perspectives en
microphysique).
Que penser de cette affirmation de Louis de Broglie ? De Broglie, qui est pourtant linventeur
de la fonction donde qui révolutionna la physique quantique, est resté un physicien
du XIX° siècle, en plein XX°. Il na jamais accepté la possibilité dune véritable
indétermination. Or les incertitudes dHeisenberg démontrent quon ne peut pas connaître
à la fois la position et la vitesse dun corpuscule (atome, électron, etc.). Si on connaît
précisément la position dun atome, alors on ne peut pas déterminer précisément sa vitesse,
et inversement.
Selon Broglie, cette indétermination, dûe à Heisenberg, nest
que le reflet dune ignorance temporaire. Un jour, selon
lui, la science aura progressé et appréhendera le problème sous
un autre angle. Un jour, espère-t-il, cette indétermination sera
levée. Bien quayant inventé la fonction donde qui
décrit les corpuscules comme des ondes de probabilité, il na
pas réussi à se défaire de leur image matérielle. Il refuse lindétermination
de la matière. Plus, il semble refuser en vrac que la science
soit limitée.
Et pourquoi pas ? Pourquoi, aux yeux de certains scientifiques, la science devrait-elle être
capable de tout démontrer ? Au nom de quels principes la puissance scientifique devrait-elle
être sans faille ?
Linfaillibilité de la science, de la toute-puissante rationalité,
est une idée du XIX° siècle. Elle a permis de grands progrès,
car elle a insufflé aux scientifiques et au public une « foi »
dans leur travail qui touche à la religiosité. Cette divination
de la raison a conduit les hommes du XX° à croire en le progrès,
en lidéologie (qui est la raison appliquée à lhomme).
Camus écrivait : « Tandis que les Grecs donnaient à la volonté
les bornes de la raison, nous avons mis pour finir l'élan de la
volonté au coeur de la raison qui en est devenue meurtrière »
(cité dans l'excellent essai de Pierre Thuillier, La Grande
Implosion ). Les grandes avancées quon doit à cet esprit
issu des lumières vont de la conquête de lespace aux chambres
à gaz...
|
| |
|