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Eh bien non. Dans cette partie je ne parlerai pas
du combat Deep Blue / Kasparov, de lhomme contre la machine. Je nen parlerai pas, parce
quil ny a aucun problème, aucune crainte à avoir.
Défieriez-vous un bulldozer au bras de fer ? Non, et pourtant vous navez pas peur en longeant
un chantier. Eh bien, lIntelligence Artificielle, cest pareil.
LI.A. est une discipline passionnante, je le sais, jy suis passé. Cest du raisonnement
pur, voire de lintelligence. On touche à la psychologie, à la neurologie, à tous les domaines
qui pourraient nous permettre de copier lintelligence humaine. Parce que cest ça lI.
A. : copier ce que la nature a fait de plus complexe, notre cerveau et lutilisation quon
en fait.
Je crois que cest Turing, le père de linformatique et
de lI. A. qui a dès le début (les années 50), donné cette définition
de lI. A. : si un homme (voire une femme) est placé devant deux
écrans, lun contrôlé par un être humain (voire une femme),
lautre par un ordinateur (voire un Mac), alors lordinateur
aura un comportement dit intelligent si lobservateur nest
pas capable de décider derrière quel écran se cache la machine.
Dès le début, lI. A. a donc été définie par comparaison avec
lhomme. Il ny a pas dintelligence de la machine
en soi. Il ny a quun « semblant dintelligence»,
qui ne se manifeste que par rapport à lhomme. Je ne me lancerai
pas dans une ontologie de lI. A., mais les philosophes en herbe
mauront compris.
Mon propos nest pas là. Je veux juste vous expliquer quen
matière dI. A., les espoirs dhier sont les sujets des
blagues daujourdhui. Il suffit de lire les articles dil
y a dix ans (et je ne parle même pas de Science et Vie !) pour
se rendre compte quon a beaucoup espéré, et beaucoup déchanté.
Si on en croit les précurseurs de lI. A. des années 50-60, on
devrait être maintenant capables de lire, parler, comprendre ( ! )
par ordinateur. Et cela fait longtemps que les échecs devraient être
le domaine des ordinateurs. Or, on sest aperçu que le langage
humain, bien que structuré par les grammaires qua modélisées
Chomsky, est beaucoup plus complexe quil ny paraissait.
Il ny a quà lire les tests des logiciels de traduction
automatique pour sen rendre compte. Aujourdhui (97), à
lheure dInternet, ces logiciels dégueulent un infâme galimatias.
Le langage naturel utilise des tonnes de techniques, le contexte est
indispensable à la compréhension, et ce contexte lui-même est modifié
à son tour par le message quil porte ! Bref, ce nest pas
une simple grammaire du premier ordre !
On pourrait continuer avec les systèmes experts, auxquels on croyait dur comme fer il y a cinq ou
six ans. Plus personne nose aujourdhui baser un système sur cette notion. Les systèmes
experts fonctionnent, mais pour un type de problème donné (dont le champ sest considérablement
restreint), et lorsque les réponses nont pas besoin dêtre absolument sûres. Et les réseaux
de neurones ? Leur principe en est génial : on ne sintéresse pas à construire le réseau, on
linstruit. Mais ici encore, lenthousiasme est tombé. Lapplication réseaux de neurones
se réduit, et il arrivera un jour où lon préférera une masse de calcul énorme pour arriver à
un résultat plus fiable.
Pas mal de ces résultats récents vont dans ce sens : les algorithmes
de nombreux problèmes sont dits NP-complets. Cest-à-dire quil
nest pas possible de résoudre ces problèmes en un temps raisonnable
(en dessous de quelques millions dannées quelle que soit la
puissance de la machine) de façon déterministe. Les seuls algorithmes
efficaces doivent faire appel au hasard. Ils peuvent échouer, recommencer,
etc.
Ces résultats sont là pour montrer que ce nest pas en multipliant par cent ou mille la puissance
des machines que lon pourra tout faire. Rassurez-vous, on est loin dêtre copiés. Quant
à lart...
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