Le Chateau de Kafka
 

La phrase la plus bête de tous les temps a été écrite en 1887 par le chimiste Marcellin Berthelot. La voici : "Pour la science, le monde est désormais sans mystère". » (Jean-Pierre Lentin, Je pense donc je me trompe).
Le but de cet article est de combattre l'arrogance, l'outrecuidance des sciences dites « dures » face aux sciences humaines, à l'art et la littérature. Encore une fois dans cette chronique qui mêle les sciences et la littérature, technologie et humanisme, je vais essayer de rapprocher ces deux domaines.

Ce que je trouve horripilant, c’est la confiance que l’on a (nous tous) dans la science. Je ne parle pas d'une confiance qu'on aurait en les réalisations scientifiques (il n’est pas à démontrer qu’on peut le pire comme le meilleur au nom de la science). Je parle de la confiance que l’on a dans ses capacités. Lorsqu’on s’inquiète de la science, c’est parce que l’on croit qu’elle ne va jamais s’arrêter. On parle alors beaucoup de manipulations génétiques, etc. On a peur, parce qu’on ne voit pas où elle pourra s’arrêter. On a peur de l’absence de limites de la science.
Eh bien, chers amis amateurs de littérature, rassurez-vous ! La science est limitée. Il existe des questions auxquelles elle n’aura jamais de réponse. Et je ne parle pas de questions philosophico-existentielles... Non, de vraies questions scientifiques. Elles vont vous être présentées dans quatre petits entrefilets :

En plus des limitations intrinsèques dont j'espère vous avoir convaincus, il existe une limitation humaine : le temps. On représente souvent la croissance de la connaissance scientifique, comme une courbe qui croît de plus en plus vite. Ce n'est pas si sûr. De nombreux résultats comme ceux de l'intelligence artificielle, tendent à prouver que la courbe s'infléchit. Bien que sans cesse croissante, il se peut qu'il faille un temps presqu'infini pour atteindre un but que l'on croyait à portée de la main.
Comme le héros du Château de Kafka. Il veut d’abord parler au Comte, mais le Comte est inaccessible. Puis il cherche à rencontrer ses secrétaires, mais eux non plus ne se montrent jamais au village. Et ainsi de suite, chaque essai menant à un nouveau recul, chaque tentative l’éloignant un peu plus de son but, jusqu'à un soi-disant messager, qui en fait n’a lui non plus jamais atteint le château. Le roman est inachevé. Quelle fin aurait-il pu avoir ? Quelle fin la science pourrait elle atteindre ?

Où veux-je en venir ? A affirmer que les sciences ne sont pas aussi pétries de certitudes qu’on le croit ? Certes, mais surtout à rapprocher les domaines que certains opposent. Les sciences et l’art, technologie et humanisme, etc. Qu’on arrête de classifier, de séparer. Les sciences dans le « démontrable », l’art dans l’ « indémontrable ». C’est faux pour les sciences, on l’a vu. C’est faux pour l’art, on le sait.

Ce qui m’irrite aussi, c’est cette prétention des scientifiques (« Moi, je n’ai lu qu’un livre ou deux et encore parce qu’ils étaient au programme de Math’Spé», on me l’a dit, ça ! on en était fier !). Amis lecteurs, vous qui lisez ces lignes parce que vous cherchez de la littérature sur Internet, luttez avec moi contre l’hégémonie des sciences. Amis lecteurs acceptez les excuses d’un scientifique pour l’outrecuidance de ses collègues...
« Dans De Natura Rerum, Lucrèce souligne une vérité absolument fondamentale au sujet de la vie des choses. A savoir que l'homme de science qui ne voit d'intérêt que dans la science, qui est incapable de goûter l'art et de s'enrichir à son contact, est un homme difforme. Un homme incomplet. » (William Styron, Le choix de Sophie).

 
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