Manifeste du Teckel
 
Je suis un teckel brun profanant les trottoirs,
De mes pattes vrillées aux coussins élastiques ;
Je transforme la ville en puant dépotoir
Sous le rouge incarnat de mon manteau plastique.

Sur le pavé luisant, mes pattes athlétiques
Plus vite que le vent me portent sans limites
Entre les gouffres noirs des profonds caniveaux
Et les grilles rouillées des arbres urinaux.

Entre les pièges urbains mortellement notoires
Qui sèment le danger dans tout mon territoire,
Je zigzague aisément déjouant les obstacles
D'un coup d'échine aigu : je suis si court sur pattes !

C'est ma musculature, et ma ligne épurée,
Garantes de puissance et de vélocité,
Mon poitrail victorieux et ma queue frénétique
Qui consacre au zénith la canine esthétique.

Tel un puissant navire parsemant son sillage
De bouées lumineuses, de drapeaux amarantes,
Sur les vierges trottoirs je marque mon passage
Par de spongieux îlots de matière glissante.

Ces messages coniques, pyramidals jalons,
Marquent les pistes élues de nos tribus errantes
Et tous ont respecté cette trace odorante,
Evitant nos colères et gagnant le pardon.

Il est pourtant un être, méprisable et chafouin
Objet de ma fureur, et de ma haine innée.
Un être contrefait, indigne de pitié,
Une chose, moins que rien, un vil lacertilien.

Mes aïeux respectables, depuis l'aube des temps,
Sans trêve ni repos pourchassent le varan
Cet ennemi funeste, ce saurien écoeurant
Dont le coeur reptilien est plus froid que le sang

Cet ennemi sournois, ce infâme ovipare,
Ce lézard insensible porteur de toutes tares
La boue d'entre les boues, sel du sel de la terre
Créature reniant jusqu'à son propre frère.

Cet être misérable, cette engeance abrutie,
Que toujours on le chasse et le tue sans répit
Comme les cancrelats, les termites et les rats
Les imbéciles haineux, les bornés au front bas.

Que le Teckel Céleste nous ôte ce fardeau
Et te détruise enfin, Varan de Komodo !
Que l'harmonie nouvelle soit le signe patent
D'une cosmologie allégée du varan.

Hors du monde canin les maîtres bienveillants
Nous prodiguent souvent les conseils de sagesse
Par le canal sacré d'une petite laisse
Dans un ballet mystique d'infimes mouvements

Ô toi, Teckel Céleste, couché au firmament
Toi dont la laisse d'étoiles te lie directement
Au Maître des teckels, à ce divin chamane
Qui te contemple ainsi, appuyé sur sa canne.

Ô toi maître canin, notre Teckel Céleste
Ecoute de tes fils le présent manifeste.

 
 
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