De Aversum Fiatibus
 

Il n'est pas facile d'inaugurer la rubrique " auto " du journal de Broadway. Outre la paresse, les manques d'inspiration plus ou moins chroniques, les inévitables méconnaissances techniques, les hésitations qui tourmentent le rédacteur quant à la pertinence de ce qu'il veut coucher sur le papier, les doutes lancinants qu'il éprouve quant à la qualité de ce qu'il vient d'écrire, une certaine tendance à la verbosité qu'il lui faut combattre et dont la phrase que vous venez de lire est le plus parfait exemple (les suivantes seront plus courtes, promis), outre tout cela donc, lot habituel de l'apprenti journaliste auto, celui du journal de Broadway doit affronter une difficulté supplémentaire.

Notre rédacteur en chef est un Smeets.

Ces gens-là roulent en Fiat.

Que dire de plus ?

Fabrique Italienne d'Automobiles à Turin. F.I.A.T. Quelque chose d'intermédiaire entre "fiente" et " flasque".

Comment d'éventuels acheteurs peuvent-ils faire confiance à une firme affublée d'un nom pareil ? Bien sûr, dans ce domaine du moins, on a évité ce pire que les responsables turinois heurtent d'habitude avec application. Le premier nom retenu en effet avait été : Fabrique Italienne d'Automobiles Supérieures et Compagnie, mais il a rapidement été abandonné, F.I.A.S.C.O. donnant une trop juste idée de la production italienne en matière de voitures.

Car, soyons juste, mon italophobie automobile ne se limite pas à cette détestable marque piémontaise. Je vomis pratiquement sans exception toutes les réalisations transalpines en la matière. Je chie sur Lancia, j'exècre Alfa-Roméo, je m'évanouis devant Masserati, et j'étais dans ma jeunesse persuadé que le comble de la vulgarité était de rouler en Ferrari. Jusqu'à ce que je tombe sur une Lamborghini Countach... (Quand un fabricant de tracteurs se met à concevoir des voitures de sport, il ne parvient jamais tout à fait à renier ses origines).

Mais évidemment, que l'on parle de la Uno, de la Tipo ou de la Croma, le comble de l'horreur en matière de voiture sera toujours atteint par une Fiat.

Voyons tout d'abord la Uno. Même chez la famille Smeets, qui l'a expérimentée quelques temps, et où l'on considère pourtant la mauvaise foi comme un sport national, il ne s'est trouvé personne pour parvenir à en dire du bien ! Mis au pied du mur, dans l'impossibilité de se retrancher derrière un silence poli, ils ont bien été obligés de reconnaître que oui, en effet, s'il fallait en venir là, sans doute en y regardant de près, sans passion, eh bien ! ce n'était pas vraiment une voiture...

N'enfonçons néanmoins pas trop le clou. Tous ceux qui ont roulé en Fiat Panda savent qu'il y a eu encore pire que la Uno ...(La Panda.. Avec des reprises et un nom pareil, sûr qu'elle fonctionnait à l'alcool de bambou)

De toutes façons, Fiat fait toujours pire ; il n'est que de voir la Tipo pour s'en convaincre. Le technicien chargé de copier la Renault 14 (vous savez, cette splendide voiture en forme de poire ... (j'exècre aussi les Renault. Je suis une boule de haines automobiles)) et qui n'avait ni compas ni rapporteur, ni d'ailleurs la moindre idée de la façon de s'en servir, dut avec ses seuls règles et crayons en livrer une approximation toute en angles et en lignes droites ; ce qui explique l'allure tout à fait particulière (un peu carrée, hein?) de la ... du truc.

La Tipo ... une (voiture) qui laisse songeur : " Et en plus, c'est une Fiat ! " avait osé marteler un publicitaire qui n'avait pas peur du ridicule. J'en ris encore ...(quand je ne suis pas à bord. On rit très peu dans une Fiat qui roule)

D'ailleurs, dans ces (autos), tout prête à rire, y compris, et même surtout, les slogans. " Votre voiture pour longtemps ! " proclamait un bandeau blanc à l'arrière de certaines Croma, comme si c'était censé nous rassurer. Bien que le temps soit une notion toute subjective, un peu comme ces secondes qui s'allongent démesurément pendant un accident (tous les possesseurs de Fiat vous le diront) : même s'il vous semble durer des années, votre calvaire à bord d'une Fiat n'est jamais très long. J'étais pour ma part persuadé jusqu'à une date récente que mes parent nous avaient infligé leur 131 Mirafiori pendant une ou deux décennies au moins. Ce n'est qu'il y a peu que je me suis rendu compte que la durée de vie de la bagnole n'avait pas excédé les 18 mois ...

Fiat 131 Mirafiori ... comme pour la madeleine proustienne, ces quelques mots suffisent à éveiller dans ma mémoire des souvenirs que je croyais enfouis à jamais. Je me souviens maintenant : de ces pointes de vitesse sur l'autoroute, avec tous ces tracteurs qui nous doublaient ; de ces fauteuils qu'il fallait renforcer avec du fil de fer ; de cette pénible impression de rouler dans un char d'assaut, en beaucoup plus bruyant et en beaucoup moins sûr. La première (voiture) biodégradable en cours d'utilisation ... Après un an, 50% des pièces avaient cessé de remplir leur destination première, et la (voiture) roulait toujours ! Un miracle d'ingénierie (les Italiens sont très pieux. Dieu le leur rend bien).

Pensez donc qu'en 1913, la Mirafiori aurait pu remporter les 24 heures du Mans ! Si la célèbre course avait existé à l'époque ... et si la 131 avait pu rouler 24 heures sans connaître de défaillance.

Et surtout ne me demandez pas ce que veut dire exactement Mirafiori. Sans doute encore un de ces adjectifs clinquants comme les Italiens les aiment. Là-bas dans les usines Fiat, même les robots font des mouvements superflus ! Même les ordinateurs à commande vocale font des gestes avec les mains ! En Formule 1, ça gêne beaucoup les pilotes de chez Ferrari...

Avec la 131 en tout cas on peut dire que pour mon premier contact avec une Fiat, j'ai été gâté. Comment voulez-vous après cela ne pas être sectaire!

Je suis pourtant le premier à dire qu'il y a au moins une Fiat correcte. Le monospace Ulysse ...

... Conçu par Peugeot.

Et là je vois déjà les esprits chagrins se lever pour dire que Ulysse n'a pas été conçu par Peugeot mais résulte d'une coopération entre les deux groupes. A ces petits rigolos qui n'ont jamais entendu parler de la sélection naturelle, je proposerai une expérience :

prenez dans une cage deux rats ; l'un bien nourri et d'une saine agressivité, le second malade, un peu cinglé, à l'article de la mort. Il ne se passera pas deux heures avant que le premier n'ait achevé le second.

De la même manière, réunissez dans un bureau d'étude des ingénieurs sochaliens et turinois. Vous verrez qu'au bout de deux jours chacun aura trouvé sa juste place : les premiers devant leurs ordinateurs concevront les véhicules de demain, les rares survivants parmi les seconds cachés dans les placards, ou coincés sous les tables à dessin esquisseront des silhouettes de trottinettes maladroites sur des chutes de Canson.

Cela pour vous dire que tous ces Italiens devraient renoncer à fabriquer des automobiles, et s'en tenir à leurs domaines de prédilection comme la mandoline ou les spaghettis. Encore que, pour les pâtes, je sois un comme Superdupont, je préfère la nouille française (quant à la musique... Vous l'aimez, vous, Ramazotti ?).

Et, dans la série des marques qui ont fait l'histoire de l'automobile, je vous parlerai une prochaine fois de SEAT, l'autre raison pour les Espagnols d'avoir honte de Franco.

 
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